DE L' Z S P R I T. 281
souvent l’un pour l’autre, il faut fe rappeler qu’il estdes paillons cìe deux eípèces ; les unes qui nous fontimmédiatement données par la nature; tels font lesdélits ou les beíoins physiques de boire, manger, ctc. ;les autres, qui, ne nous étant point immédiatementdonnées par la nature , supposent rétablissement dessociétés, & ne font proprement que des paillons fac-tices ; telles font l’ambition , l'orgueil , la paillon duluxe, ctc. Conséquemment à ces deux eípèces de pas-sions, je distinguerai deux espèces de (entimens. Lesuns ont rapport aux paillons de la première espèce,c’est-à-dire, à nos besoins physiques, ils reçoivent lenom de sensations : les autres ont rapport aux pas-sions factices , & font plus particulièrement connusfous le nom de fentimens. C'est de cette dernière espècedont il s’agit dans ce chapitre.
Pour s'en former une idée nette , j'observerai qu’iln'est point d’hommes fans désirs , ni, par conséquent,fans sentiment ; mais que ces fentimens font en euxou foibles ou vifs. Lorfqu’on n'en a que de foibles,on est censé n'en point avoir. Ce n'est qu’aux hom-mes fortement affectés qu'on accorde du sentiment.Est-on saisi d’effroi ; si cet effroi ne nous précipite pasdans de plus grands dangers que ceux qu’on veut évi-ter ; si notre peur calcule ct raisonne, notre peur estíoible, & l’on ne fera jamais cité comme un hommepeureux. Ce que je dis du sentiment de la peur, je ledis également de celui de l'amour ct de l’ambirion.
Ce n'est qu’à des pallions bien déterminées que