Band 
Tome second.
Seite
342
JPEG-Download
 

341 D B L* £ S P R I T.

Ail relie , cette envi?, qui prend si souvent le nomde justice, & dont péri on ne n’est entièrement exempt,n’cstle vice d’aucun état. Elle n’est ordinairement ac-tive Sc dangereule que dans des hommes bornés Scvains. L’homme supérieur a trop peu d’objets de ja-lousie , & les gens du monde font trop légers, pourobéir long-temps au même sentiment : d’ailleurs, ilsne h aillent point le mérite , Sc fur - tout le méritelittéraire : souvent même ils le protègent : leur uniqueprétention , c’est d’ctre agréables & brillaus dans laconversation. C’est dans cette prétention que consisteproprement 1 esprit du siècle : auffî n’est-il rien qu’onn’imagine pour échapper , en ce genre , au reproched’insipidiré.

Une femme de peu d’esprit paroît entièrement oc-cupée de son chien ; elle ne parle qu a lui ; l’orgueildes auditeurs s’en offeníeton la taxe d’impertinence :on a tort. Elle fait qu’on est quelque chose dans lasociété, lorsqu’on a prononcé tant de mots (i), qu’ona fait tant de gestes Sc tant de bruit : l’occupation deson chien est donc moins, pour elle,un amusement,qu’un moyen de cacher fa médiocrité ; elle est , à cetégard , très-bien conseillée par son amour - propre ,qui, pour le moment, nous fait presque toujours tirerle meilleur parti de notre sottise.

Je n'ajouterai qu’un mot à ce que j’ai déjà dit del’esprit du siècle ; c’est qu il est facile de se le repré-

(i) C’est à ce sujet que les Persans disent : T entends leiruit de la meule , mais je ne vois pas la farine.