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TABLEAU DE L’ETAT DES SCIENCES
prouvent; mais il était inférieur à Keppler et par les talentset par le caractère.
Descartes était doué d'un génie tout à la fois vaste et pro-fond. Il conçut de bonne heure le projet de refondre toutela philosophie. Il lui fallait, pour cela un instrument. Il auraitdû le prendre dans les sciences exactes; malheureusement ilalla le choisir dans la métaphysique, et ses bonnes intentionsfurent ainsi frappées de nullité dans l’application. Descartes sepersuada que, pour embrasser la nature dans son ensemble, ilsuffit d’être parvenu à la saisir par quelques points. Il savaitque la géométrie part de quelques axiomes, de quelques véritéspremières, simples, évidentes par elles-mêmes, et qu'elle s’a-vance pas à pas, enchaînant toujours ensemble d’une manièrerigoureuse les vérités nouvelles qui dérivent des précédentes.Cette méthode lui parut applicable à tout. Les vérités pre-mières, évidentes par elles-mêmes, dont il fit la base de sesrecherches, sont la certitude de sa propre existence, celle del’existence d’un Etre parfait et infini, qui est Dieu , et celle,également certaine, de la matière et du mouvement. De cesvérités premières il passa à d’autres, qui en découlent. Parexemple, l’idée de l’étendue se trouve essentiellement liée aveccelle de l’existence des corps; et de là cette conséquence, quepartout où il existe de l’espace il existe des corps : il n’y adonc point de vide. La permanence des choses dans leur étatprimitif est la première loi ; rien ne change, si ce n’est parl’action d’une cause extérieure. Dans l'univers, la quantité demouvement est toujours la même. Le mouvement dirigé enligne droite persévère dans cette direction et dure sans cesse,si une cause étrangère ne le détourne ou ne l’anéantit. Des cartes procède ainsi de déduction en déduction, de conséquenceen conséquence. U ne demande que de la matière et du mou-vement pour créer un monde.
Une telle marche philosophique est périlleuse. On peut créerune géométrie nouvelle avec les matériaux qu’on produit soi-même par la pensée, et dont on est entièrement le maître ; maisla métaphysique pure est un bien stérile instrument de créa-tion dans les sciences positives. Au lieu de raisonner sans cesseà vide, comme il le fit, Descartes eût mieux fait d’imiter Galilée et Keppler, c’est-à-dire d’étudier les faits. 11 aurait dû com-