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TABLEAU DE L’ÉTAT DES SCIENCES
culière des plantes venant d’Amérique , entre autres du copal,du ricin, du baume de tolu et du tabac. Nicolas Monardès parledu tabac comme d’une plante déjà usitée en Europe pour lesfumigations et pour l’usage des fumeurs, mais il ne dit pas quel’on s’en servît pour priser. C’est ce botaniste qui le premierparla du haricot.
L’Ecluse (Clusius) fut le plus grand botaniste français du sei-zième siècle. Dans son ouvrage Rariorumplantarmn Mstoria,qui est accompagné de bons dessins, on trouve quelques lignesconsacrées à la pomme de terre. Ce tubercule ne fut pas,comme on l’a dit tant de fois, apporté d’Amérique en Erancepar le navigateur anglais Walter Raleigh , l’aventureux favoride la reine Elisabeth. Ce furent les Espagnols qui, au retour deleur expédition du Pérou , la répandirent en Italie ; elle étaitdéjà très-commune dans ce pays en 1580. L’Ecluse avait beau-coup voyagé ; aussi donne-t-il la description de plus de six centsplantes nouvelles qu’il avait recueillies dans ses nombreusespérégrinations.
Les botanistes ne s’étaient jusque-là nullement appliqués àclasser les plantes. Les quelques essais faits dans ce but avaientété fort mal dirigés. Tantôt on avait fondé les divisions sur lesusages, les lieux d’origine de la plante ou sur des caractèrestrès-variables. Tantôt, on s’était borné à les ranger par ordrealphabétique. Mais les seuls caractères sur lesquels on pûtasseoir une bonne méthode étaient les organes dont l’exis-tence est constante, tels que la fleur, le fruit, la graine. Mathias de Lobel entra le premier dans cette voie, en 1538. On voitdans son ouvrage qu’il avait le sentiment des familles natu-relles, car les graminées, les orchidées, les palmiers et lesmousses y sont assez bien caractérisés et rapprochés. Lobelsaisit très-bien la distinction entre les plantes que l’on a appe-lées de nos jours monocotylèdones et dicotylédones.
Mais un botaniste d’une bien plus grande portée fut Césalpin .Ce savant connaissait à fond les ouvrages d’Aristote , de Pline etde tous les anciens. Son traité I)c plantis, publié à Florence ,en 1583, est l’ouvrage de botanique le plus remarquable qui eûtparu jusqu'alors. Césalpin établit qu’il existe des plantes fe-melles; que les mâles sont celles qui portent des étamines.U fit aussi plusieurs découvertes sur la physiologie végétale.