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TABLEAU DE L’ETAT DES SCIENCES
Au commencement du dix-septième siècle, malgré les travauxde Frascator, les hypothèses les plus absurdes sur les débrisfossiles étaient encore soutenues par le gros des savants, lors-qu’un autre naturaliste italien, Fabio Columna , essaya de faireprévaloir des idées analogues à celles qu’avait exprimées Fras-cator, à cela près, pourtant, qu’il expliqua par le déluge deNoé l’origine de ces êtres. Les objets nouveaux qu’on décou-vrait par intervalles venaient ranimer, sur ce point, la contro-verse. On publiait des écrits nombreux, mais qui ne répandaientque bien peu de lumières sur la question.
Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, Sténon , savantdanois, qui avait professé l’anatomie à Padoue , publia unouvrage sur les pierres précieuses , les cristaux et les pétrifica -tions organiques , renfermés dans les roches solides. L'auteurcompare les coquilles découvertes dans les couches des terrainsd’Italie aux espèces analogues vivantes; il signale leur res-semblance, il indique les nuances diverses qui distinguent lescoquilles simplement calcinées, ou dépouillées de leur glutenanimal, de celles où s’est opérée une substitution complète dematière pierreuse.
Sténon établit une distinction entre les formations d’originemarine et celles d’origine fluviale.
Un très-grand nombre de théologiens italiens, allemands,français , anglais , prirent part aux discussions et aux contro-verses que soulevaient les faits et les opinions relatives auxêtres fossiles. Il en résulta que, dans les différents pays del’Europe , on examina désormais avec beaucoup plus d’attentiondes faits qui, jusque-là, avaient été à peine remarqués.
Leibnitz , en Allemagne , proposa toute une théorie de la for-mation de la terre. U supposa que notre globe qui, dès l’ori-gine, n’était qu’une masse incandescente, s'était constammentrefroidi depuis sa création; que, par l'effet de cette diminutionprogressive de la chaleur, une croûte solide s’était formée à sasurface, et que, dès lors, condensées par le refroidissement,les vapeurs, jusque-là suspendues au-dessus de notre globebrûlant, étaient tombées sur la croûte solide et y avaient forméun océan immense. Cette masse d’eau couvrait les sommets desplus hautes montagnes et enveloppait de toutes parts le globe.Mais la croûte, en se solidifiant, avait laissé, dans son épais-