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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
était d’usage, dans la plupart des Universités, de confier au' professeur de mathématiques la rédaction d'un calendrier, ac-compagné, selon les habitudes du temps, du cortège obligédes pronostics et prédictions sur les récoltes futures et les sai-sons. Keppler, dès son arrivée à Graetz, songea à se mettre enmesure d’accomplir cette partie de sa tâche. Son calendrierpour l’année 1595, calculé selon la réforme grégorienne, parutvers la fin d’octobre 1594. Il en envoya des exemplaires à sesamis : le premier fut adressé à Mœstlin, son maître.
Les études théologiques, qui avaient occupé, le jeune sémi-nariste à l’Université de Tubingue, avaient laissé dans son es-prit une vive tendance vers le mysticisme religieux. Keppler faisait un assez étrange assemblage des idées théologiques deson temps avec les connaissances astronomiques qu’il venaitd’acquérir. C’est ce qu’on voit dans les lettres qu’il adressaità Mœstlin.
« Avant la création du monde, lui écrivait-il (U, il n’y avait d’autrenombre que la Trinité, qui est Dieu lui-même. Le monde a été créé avecnombre et mesure. Laissant de côté tous les corps irréguliers, il resteseulement six corps réguliers, savoir : la spbère et cinq corps rectili-néaires (ces cinq corps roctilinéaires sont : le cube, qui a pour faces sixcarrés égaux ; le tétraèdre, qui a pour faces quatre triangles équilatéraux;\'icosaèdre, formé par vingt de ces mêmes triangles; et enfin le dodé-caèdre, qui a pour faces douze pentagones réguliers et égaux. On prouve,en géométrie, que ces corps sont les seuls qu’il soit possible de. formeravec des plans égaux et réguliers).
« La sphère, continue Keppler, appartient au dernier ciel. Le monde,mobile et immobile, est double. Le monde immobile est occupé par lesétoiles fixes, par le soleil, par l’éther intermédiaire, trois éléments qui cor-respondent, dans la Trinité, au Fils, au Père et au Saint-Esprit. Le mondemobile est occupé par les six planètes tournant autour du soleil, quiprésente l’image du père créateur. Le soleil distribue le mouvementcomme le Père répand le Saint-Esprit (2). »
Telles étaient les singulières opinions astronomiques de IŸep-pler à l’àge de vingt-quatre ans. Il y a loin de là à sa décou-verte des grandes lois qui régissent les mouvements célestes.
Les appointements de professeur à Graetz n’auraient passuffi aux besoins de son existence. 11 était obligé de faire, dans
(1) Lettre du 3 octobre 1S95, traduction de M. Hœfer.
(2) Keppler : Opéra omnia, édition de Ch. Friscb, t. I, p. 2.