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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
mort, s’attacher encore à sa famille. Il avait laissé un manus-crit, intitulé Songe de Keppler. Il suppose, dans cet ouvrage,qu’il se trouve transporté sur le globe de la lune. Contemplantde là l’univers, il en décrit les apparences. Sa mort a\ait arrêtél’impression de ce livre ; mais le produit de sa vente pouvaitprocurer quelque soulagement à la pauvre famille. Le gendrede Keppler fit donc continuer l’impression. Malheureusementil mourut avant quelle fût achevée. Dans un siècle de supersti-tion et d’ignorance publique, où les idées d’astrologie et desorcellerie avaient tant d’empire sur les masses, la mort pré-maturée du gendre de Keppler frappa les imaginations. Louis,fils de Keppler, demeura longtemps sans oser faire reprendrel’impression fatale; il craignait d’y perdre la vie. A la fin,pourtant, déterminé par le spectacle de la profonde misère quirégnait autour de lui, dans sa famille, il fit achever l’impres-sion (1).
II
Après ces détails biographiques, nous entrerons dans l'exa-men des ouvrages et des découvertes scientifiques de Keppler .
Nous avons déjà signalé son premier ouvrage, le Mysteriumcosmographicim , œuvre de sa jeunesse, résultat combiné deses premières études mathématiques et du mysticisme religieuxqu’il avait puisé dans ses études de théologie.
Pendant qu’il était professeur à Graetz, il médita sur le nom-bre, la quantité et les mouvements des orbes planétaires, et leseul fruit qu’il retira d’abord de ses méditations, dit Delambre,fut de graver profondément dans sa mémoire les distances plané-taires telles que les avait données Kopernik . Il considéra ladistance de chaque planète au soleil comme le rayon d’unesphère dont le centre est le môme que celui du soleil, et il saisitalors cette idée de Pythagore , qui consistait à comparer les élé-ments aux corps réguliers de la géométrie mscriptibles dans lasphère. Ces idées mystérieuses de rapport et d’harmonie étaientfaites pour plaire à la vive imagination de Keppler. En consé-
(\) Bailly, Histoire de Vastronomie moderne , t. II, p. 126.