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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
distances si considérables, il est fort difficile, pendant de courtespériodes, de parfaitement distinguer l’état de mouvement del’état de repos. Il n’y a que des observations continuées pen-dant une longue suite de siècles, qui puissent nous permettrede décider si tel soleil tourne autour de tel autre, et dans quelsens ou suivant quelles lois s’effectue son mouvement. Toutesces conjectures étaientjustes, et dans le siècle où nous sommes,elles ont été confirmées en partie.
Il fallait bien que l’inquisition de Rome eût regardé commedangereux les ouvrages de Jordano Bruno, puisqu’elle les avaitmis à l’index, après avoir jeté l’auteur au bûcher. Ces idées, etbeaucoup d’autres que des écrivains hardis faisaient circuler dansle monde savant, ouvraient un champ immense aux imaginationsaventureuses, et poussaient les esprits à franchir les étroiteslimites où la scolastique s’efforcait en vain de les retenir.
La méthode expérimentale était la seule que Galilée put em-ployer avec avantage contre les péripatéticiens. Il le comprit,et dès lors, il ne voulut rien laisser passer dans Aristote , enphysique et en mécanique, sans l’avoir préalablement soumisà l’expérience et à l’observation.
Aristote avait affirmé que si deux corps de même matière rmais de poids différents, tombent de la même hauteur, le pluspesant arrivera le premier à terre, avec une vitesse proportion-nelle à son poids. Cette proposition était admise, depuis dessiècles, sur la parole du maître, et figurait au nombre desaxiomes de la science du mouvement. Bien que cette expériencene fût pas difficile, personne ne s’était encore avisé de lafaire, sinon pour confirmer l’opinion d’Aristote , du moinspour s’assurer de son degré de probabilité. Galilée soutenait,contre Aristote , qu’à une légère différence près, dont il attri-buait la cause à la résistance de l’air, deux corps de poids iné-gaux tomberaient de la même hauteur, dans le même temps.
Les péripatéticiens de l’Université de Pise se récrièrentcontre cette assertion, et la qualifièrent d’absurde. Ils affir-maient qu’un corps pesant dix livres doit descendre dix foisplus vite qu’un corps qui ne pèse qu’une livre, et arriver à terreen dix fois moins de temps.
Galilée , pour les convaincre, laissa tomber en leur présence,du haut de la tour de Pise , des corps de poids inégaux. Le