Buch 
4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
Seite
155
JPEG-Download
 

DESCARTES

155

que fa logique et sa métaphysique. Comme il avait besoin dese faire quelques règles de conduite, il en adopta quatre, tiréesde la méthode même dont il venait de poser les bases. Les lignesqui vont suivre sont extraites, comme les précédentes, duDiscours sur la méthode.

« Afin, dit Descartes , que je ne demeurasse point irrésolu dans mesactions, pendant que la raison m’obligerait de l’être dans mes jugements,et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que jepourrais, je me formai une morale par provision, qui ne consistait qu’entrois ou quatre maximes, dont je veux bien vous faire part.

« La première était d'obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, re-tenant constamment la r eligion en laquelle Dieu m’a fait la grâce d’êtreinstruit désmon enfance, et me gouvernant en toute autre chose, suivantles opinions les plus modérées et les plus éloignées de l’excès, quifussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceuxavec lesquels j’aurais à vivre. Car, commençant dès lors à ne compterpour rien les miennes propres, à cause que je les voulais remettre toutesà l'examen, j’étais assuré de ne pouvoir mieux que de suivie celles desmieux sensés, lît encore qu’il y en eût peut-être d’aussi bien sensésparmi les Perses et les Chinois que parmi nous, je me fusse obligé de laprendre pour bonne encore après, lorsqu’elle aurait peut-être cessé del’être, ou que j’aurais cessé de l'estimer telle.

« Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu enmes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment lesopinions les plus douteuses lorsque je m’y serais une fois déterminé, quesi elles eussent été très-assurées; imitant en ceci les voyageurs qui, setrouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tan-tôt d'un côté, tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place,mais marcher toujours le plus dioit qu'ils peuvent vers un même côté,et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’ait peut-être été au commencement que le hasard seul qui lésait déterminés à lechoisir; car, par ce moyen, s’ils ne vont justement où ils désirent, ils ar-rivent au moins à la fin quelque part, où, vraisemblablement, ils serontmieux qu’au milieu d’une forêt. Et ainsi les actions de la vie ne souffrentaucun délai; c’est une vérité très-certaine que, lorsqu’il n’est pas ennotre pouvoir de discerner les plus vraies opinions, nous devons suivreles plus probables, et même qu’encore que nous lie remarquions pointdavantage de probabilité aux unes qu’aux autres,nous devons néanmoinsnous déterminer à quelques-unes et les considérer après, non plus commedouteuses, en tant qu’elles se rapportent à la pratique, mais comme très-vraies et très-certaines, à cause que la raison qui nous y a fait déterminerse trouve telle. Et ceci fut capable dès lors de me délivrer de tous lesrepentirs et des remords qui ont coutume d’agiter les consciences de cesesprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment àpratiquer comme bonnes les choses qu’ils jugent après être mauvaises.

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincreque la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde, et géné-ralement de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrementen notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait