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utile, et au besoin, un défenseur plus zélé, que Desargues .Digne précurseur de Jacquart, Desargues était né à Lyon , oùdevait naître, au siècle suivant, l’inventeur du métier à tisser.Une généreuse pitié, à l’aspect du labeur pénible au prix duquelles métiers de Lyon donnaient le pain aux ouvriers, fut lapremière inspiration qui avait dicté à Desargues , comme plustard elle dicta à Jacquart, le noble emploi qu’ils firent l’un etl’autre de leur génie en faveur des ouvriers.
Parmi les littérateurs, Descartes se choisit quelques amis,au premier rang desquels on voit se dresser l’écrivain leplus en vogue à cette époque : nous voulons parler de Balzac .Plein de vanité autant que de talent, Balzac dominait toute lafoule des beaux esprits, et ne saluait que lui-mème, d’une incli-nation de sa tête superbe. Fier de la faveur du cardinal deRichelieu,— si toutefois un tel homme pouvait être fier d’autrechose que de son génie, — historiographe deFrance, conseillerd’Etat, et ce qui valait mieux encore pour un homme de lettres,richement pensionné, Balzac était alors à l’apogée de sa fortuneet de sa gloire. Nous sortirions de notre sujet en recherchantsi son mérite réel répondait à sa renommée et à ses titres.Balzac , ce sera tout dire d’un mot, était venu en son temps.Ecrivain solennel et souvent emphatique, il avait le secret destouches vigoureuses. Il créa la grande période, devenue clas-sique plus tard, et donna à la prose française une ampleur etune harmonie qu’elle n’avait pas connues jusqu’à lui.
Descartes , séduit par ce dernier côté, comme la plupart deses contemporains, admirait lout dans Balzac , jusqu’à sa vanité.Cette vanité, qui rendait le solennel historiographe de France insupportable à tout le monde, lui créa tant d’ennemis qu’unbeau jour, ne pouvant plus leur résister, il quitta la cour etla ville, et fit une retraite, peu philosophique, dans la terre dontil était né seigneur. Mais Descartes lui resta toujours fidèle, etquand lui-même, par de tout autres raisons, eut pris le partide la retraite, non pas dans une province de France , mais chezune nation étrangère, les deux exilés ne cessèrent pas d’en-tretenir une correspondance, dans laquelle Balzac reçut tou-jours plus de louanges de Descartes qu’il ne lui en donna.
Certains artistes de l’antiquité aimaient à introduire dansleurs compositions les plus sérieuses quelque figure grotesque,