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SAVANTS DU DIX-SEI’TIKME SIECLE
rentré en France , le P. Mersenne arrivait à son tour en Hol lande . Ce n’était pas sans doute pour aider Descartes dans sestravaux, mais pour le décider à mettre au jour quelqueséchantillons de sa philosophie, suivant la promesse qu’il avaitfaite à ses amis de Paris , et lui rappeler même que ceux-cin'avaient consenti à son éloignement que pour recueillir lesfruits de sa solitude.
Descartes aurait pu répondre à ces amis si pressés qu’ils nelui avaient pas encore laissé beaucoup de temps pour méditer,et que leurs visites, non moins que les questions et les pro-blèmes dont ils ne cessaient de lui demander la solution, parcorrespondance, prenaient la plus grande partie de son temps,Il dut même, au séjour de Mersenne en Hollande, l’incidentd’une querelle, qui fut encore pour lui, occupé de tant de choses,une distraction aussi désagréable qu’inopportune.
Nos lecteurs n’ont pas oublié un personnage qui se heurtale premier au génie mathématique de Descartes , et qui futaussi, après cette rencontre, son premier ami en Hollande.Nous voulons parler du sieur Beeckman , alors principal ducollège de Dort. Il était devenu un homme d’importance de-puis l’aventure de Bréda. Des hommes savants, des étran-gers de distinction ne dédaignaient pas de rechercher sa con-naissance; Gassendi , et après lui le P. Mersenne, étaient alléslui rendre visite : ce dernier eut même de fréquents et longsentretiens avec lui sur diverses sciences. Quand on en arrivaau chapitre de la musique, dont Mersenne avait fait une étudeapprofondie, Beeckman ne crut pas pouvoir lui être plusagréable qu’en lui donnant à apprécier un petit ouvrage surcette matière, qu’il tira discrètement de son cabinet.
Trop discrètement, car Beeckman oublia de dire au P. Mer-senne que le manuscrit, dont il lui faisait les honneurs, n’étaitqu’une copie du petit Traité de musique qui avait été com-posé autrefois par Descartes , dans les loisirs de sa garnisonà Bréda, et qui était resté, depuis lors, entre les mains del’honnête principal. Aux compliments que le P. Mersennelui fit aussitôt, et qu’il lui répéta plus tard, avec des ampli-fications, dans plusieurs de ses lettres, Beeckman perdit latête, et se rengorgea dans sa suffisance au point de s’imaginerque Descartes avait appris de lui une bonne partie de ce qu’il