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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
nous en donnons, en l’abrégeant, n’a été fait qu’assez longtempsaprès, par Pascal le /ils, comme on l’appelait alors, et quenous appellerons désormais tout simplement Pascal, puisqueson père a déjà commencé à s’effacer derrière lui. Sans taxerd'infidélité cette manière d’exposer les faits, il est du moinspermis de penser que Pascal, qui n’en avait pas une connais-sance personnelle, a pu être trompé parRoberval, le seul dela bouche duquel, après la mort de son père, il a dû en re-cueillir la tradition. Autrement, d’où aurait pu naître cettelongue dispute sur la part que chacun prétendait avoir auproblème de la roulette? Le droit de Roberval eût été vraimenttrop clair et trop solidement établi pour que personne eûtsongé à rapporter la moindre atteinte. Fermât et Descartes ,plutôt pour Fermât que pour lui-même, soutinrent vivementleurs prétentions. Roberval, pressé par eux, ne réussit pasà persuader complètement au public savant que sa démonstra-tion était aussi ancienne que la leur. Toutefois il fît sur cettequestion de belles découvertes, qui ne le cédèrent peut-êtrequ’à celles de Biaise Pascal.
Celui-ci n’avait encore que quatorze ou quinze ans pen-dant cette première dispute sur la roulette. Il n’y prit part,à son tour, que vingt ans après, pour la terminer, car elledura tout ce laps de temps. En attendant il est occupé d'uneautre étude géométrique par laquelle, dès l’année sui-vante (1G39), il étonnera les plus vieux mathématiciens deParis .
Jusqu’ici Descartes n’a eu maille à partir qu’avec des sa-vants. De telles disputes, au bout desquelles la persécution nevient jamais, sont peu dangereuses, aucun adversaire n’appe-lant à son secours le bras séculier. Tout autres sont les que-relles qu’on se fait avec les philosophes patentés, surtout si lesthéologiens viennent s’y ruer. La propagande poursuivie enFrance par les nombreux amis de Descartes , au profit de sadoctrine ; les partisans, peut-être plus nombreux encore, qu’ils’était acquis en Hollande ; deux de ses disciples déjà pourvusde chaires de philosophie dans les Universités de ce pays, voilàdes faits en présence desquels les sectateurs attardés, maistoujours obstinés, de la philosophie d’Aristote , ne pouvaient pass’endormir. Partout on les entendait murmurer contre ce qu'ils