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appelaient des nouveautés, n’ayant pas encore trouvé de termespour qualifier plus criminellement les doctrines cartésiennes.Ils n’attendaient que l’occasion de déployer leurs enseignes etde combattre pro aris et focis.
En France , les choses se passèrent assez tranquillement,sauf une attaque des universitaires, qui ne fut qu’une échauf-fourée. Ils avaient présenté requête au Parlement, pour ob-tenir la condamnation juridique de la philosophie nouvelle.Mais il suffit de la plaisanterie rimée d’un jeune poète sati-rique, Boileau Despréaux , pour les renvoyer, honteux et confus,à leurs écoles. Boileau avait rédigé une requête et un arrêtburlesque , où les plus grosses erreurs des scolastiques étaientopposées, d’une façon très-plaisante, aux vérités qui s’étaientdéjà communiquées des cartésiens aux gens du monde, et mêmeaux femmes de la haute société. Cette pièce livra les requé-rants et leurs prétentions à la risée publique. Devant un telmouvement des esprits, le Parlement s’arrêta, et le dernierarrêt qu’il avait préparé en faveur d’Aristote ne fut pas pro-noncé.
En Hollande, les choses ne pouvaient marcher avec autantde simplicité. Les Universités pullulaient dans ce pays, et ellesdominaient facilement l’esprit local des villes, souvent très-petites, où elles étaient établies. Les magistrats municipauxs’inclinaient devant tous ces savants et ces philosophes, sirecommandables par leurs noms latins ou latinisés, qu’ilss’étaient procurés à grands frais pour l’ornement et l’illustra-tion de leurs cités. Sur un terrain aussi mal préparé, on nepouvait assurer la marche des nouvelles doctrines qu’en usantd’adresse et de prudence. Descartes en avait beaucoup, et ilavait su en donner à Reneri; mais Regius, son autre disciple,en manquait absolument.
Il y avait, en 1639, àUtrecht, la ville où professait Regius,un homme que la faveur populaire et le cumul des charges dontil était pourvu, plaçaient au premier rang. Son nom était Voët,
( Voëtius ) dans les écoles. Il n’est plus permis à personne d’es-sayer de peindre ce personnage, après que Descartes lui-mêmeen a fait le portrait suivant :
« C’est un homme qui passe dans le monde pour théologien, pour pré-dicateur et pour un homme de controverse et de dispute, lequel s’est