230
SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
acquis un grand crédit parmi la populace, de ce que déclamant tantôtcontre la religion romaine, tantôt contre les autres qui sont différents de-là sienne, et tantôt invectivant contre les puissances du siècle, il faitéclater un zèle ardent et libre pour la religion, entremêlant aussi quel-quefois dans ses discours des paroles de raillerie qui gagnent l’oreille dumenu peuple; et de ce que mettant tous les jours en lumière plusieurspetits livrets, mais qui ne méritent pas d’être lus, et que citant diversauteurs, mais qui sont plus souvent contre lui que pour lui, et que peut-être il ne connaît que par les tables; et enfin que parlant trôs-liardiment,mais aussi très-impertinemment de toutes les sciences, comme s’il yétait fort savant, il passe pour docte devant les ignorants. Mais les per-sonnes qui ont un peu d'esprit, et qui savent combien il s’est toujoursmontré importuna faire querelle à tout le monde, et combien de fois dansla dispute il a apporté des injures au lieu de raisons, et s’est honteuse-ment retiré après avoir été vaincu. S’ils sont d’une religion différente dela sienne, ils se moquent ouvertement de lui et le méprisent, et quelques-uns l’ont déjà publiquement maltraité qu’il semble qu’il ne reste plusrien désormais à écrire contre lui, et s’ils sont d’une mémo religion, en-core qu’ils l’excusent et le supportent autant qu’ils peuvent, ils ne l'ap-prouvent pas toutefois en eux-mêmes. »
Voëtius , orateur, ministre luthérien, professeur de théo-logie, et bientôt recteur de ÈUniversité d'Utrecht , était depuisquelque temps importuné de la renommée de Descartes . Ilavait toutefois, dans les premiers temps, assez bien accueilliRegius. Mais le succès éclatant du professeur cartésien, et lenombre toujours croissant de ses écoliers, ayant donné quelquejalousie à plusieurs de ses collègues, ceux-ci n’eurent pas depeine à l’exciter contre lui, d’autant plus qu’il visait à at-teindre Descartes lui-même dans la personne de son disciple.
A cette époque, et principalement en Hollande, les libellesentre gens de l’Université prenaient la forme de thèses. Ce futpar des thèses contre les athées que Voëtius commença leshostilités, au mois de juin 1639. Il ne nommait personne, maiscomme il mêlait parmi les doctrines sentant l’athéisme plusd’une proposition enseignée par Regius, et qui, naturellement,devait être mise à la charge de Descartes , il était impossiblede s’y tromper. Peu de jours après, Régius intervint, sans né-cessité, dans une autre thèse que les péripatéticiens faisaientdébattre, par manière d’exercice, entre deux de leurs élèves.Se levant au milieu de l’assemblée, il prit la parole pour faireadjuger la victoire à celui des disputants qui soutenait les prin-cipes de la philosophie nouvelle. Cette incartade, contraire àtous les usages de l’Université, en lui faisant de nouveaux en-