nemis parmi ses collègues, venait de fortifier encore le parti deVoëtius .
Celui-ci, à partir de ce moment, ne songea plus qu’à prendreses mesures pour perdre Descartes dans l’esprit des personnagesde la ville qui l’honoraient le plus, et à le faire proscrire,comme ennemi de la religion en général et des églises protes-tantes en particulier. En 1640, Voëtius fit soutenir de nouvellesthèses, où il reproduisit contre lui les mêmes accusationsd’athéisme. Calomniant, calomniant toujours, il voulait monterles têtes du menu peuple, et par l’irritation de la multitude,peser sur la conscience des magistrats et des grands, générale-ment favorables à son adversaire. En même temps, il se mit àrechercher, avec empressement, dans les leçons et les écrits deRpgius, tout ce qui pouvait donner matière à lui susciter unprocès.
Regius occupait deux chaires dans l’université d’Utrechl,une de médecine et une de philosophie. Chose bizarre, ce futle médecin que Voëtius entreprit d’abord.
Regius devait développer, le 10 juin 1640, une thèse sur lacirculation du sang, pour démontrer le phénomène naturel quipassait pour une hérésie parmi les péripatétieiens. L’Univer-sité voulut mettre obstacle à l’enseignement public de cettenouveauté. Regius éluda cette prohibition, en faisant imprimersa thèse. C’était un attentat contre l’autorité de l’Université, àqui appartenait le droit d’ordonner l’impression des thèses ouleur suppression. Le magistrat auquel on porta plainte, pro-nonça qu’on devait passer sur le fait accompli, sans que celadût tirer à conséquence pour l'avenir.
Regius ne comprit pas combien il était grave pour la causedes cartésiens, d’avoir déjà fourni une occasion à la magistraturede se mêler de leurs affaires, et de donner raison, en droit, àleurs antagonistes. Il se mit à composer de nouvelles thèses, etcomme s’il eût craint de n’avoir pas encore assez compromisDescartes , il eut la précaution de les lui faire corriger. Cesthèses rentraient, d’ailleurs, hardiment dans celle qui venaitd’être repoussée par l’Université, puisqu’elles portaient sur lemouvement du cœur, des artères et du sang. Descartes , vive-ment sollicité par Regius, d’honorer la discussion de sa pré-sence, voulut bien encore assister à cette dispute, mais secrè-