232
SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
tement, et caché derrière un rideau, dans une tribune. Lesthèses eurent un grand succès, les médecins de la vieille doc-trine en murmurèrent, Voëtius tonna, mais nous ne voyons pasque les péripatéticiens y aient répondu autrement que par desécrits. La guerre, qui semblait languir, reprit bientôt avecacharnement.
Pendant les derniers mois de 1640, Descartes s’occupait demettre au net le manuscrit de ses Méditations philosophiques ,lorsqu’il fit une perte douloureuse, que nos lecteurs appren-dront avec autant de surprise que les contemporains de notrephilosophe. Descartes n’avait jamais eu le temps de se marier;il n’est môme dit nulle part dans ses biographies, qu’il ait vécuavec des concubines. Cependant il avait une fille, appelée Fran-cine. Elle mourut en 1640, à l’âge de cinq ans. Baillet nousapprend quelle avait été conçue à Amsterdam , et née à Deven-ter, le 19 juillet 1035, et qu'el'e avait été baptisée le 7 août dela même année. On regrette que cet auteur, qui a des rensei-gnements si précis sur l’état civil de Francine Descartes, n’aitrien à nous apprendre sur la mère quil a mit au monde ; mais onne peut s’en plaindre ni s’en étonner, si l’on considère quedans aucune des lettres de Descartes ni de ses amis, il n’est faitla moindre mention de cette femme.
Heureusement des recherches récentes ont fait découvrirquelques renseignements sur cet épisode, le plus ténébreuxde la vie privée de notre philosophe. On a retrouvé l’acte denaissance de Francine Descartes, sur les registres de l’égliseréformée de la ville de Deventer . Dans un ouvrage publié en1867, sous ce titre : Histoire de Descartes avant 1037, parM. Millet, agrégé de philosophie, on lit ce qui suit :
« Lorsque Rencri passa de Deventer à Utrecht , en 1634, Descartes re-tourna à Amsterdam . Là il rencontra une personne dont, après bien desrecherches, j’ai pu savoir le nom de baptême : elle se nommait Hélène.Elle devint la mère de Francine Descartes (1).
« Ils passèrent ensemble l’hiver de 1634 à 1635 à Amsterdam . Au prin-temps de 1635, il va s’enfermer avec elle dans sa solitude de Deventer ,où elle donne le jour à Francine, le 19 juillet 1635.
« Descartes ne fera pas commeRousseau, il élèvera l’enfant près de lui.
(1) Francine fut baptisée le 28 juillet 1635. Le père signa Hené, fils de Joachim , etla mère, Hélène , fille de Jean. On ne peut rien savoir de sa condition. (Note deM. Millet.)