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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
qu’il me rende dupe des sens qu’il m’a donnés et me fasse voirdes choses qui n’auraient aucune existence réelle. Cette réalitédu monde extérieur, fondée sur la véracité de Dieu , est unargument qui a paru faible aux philosophes spiritualistes dudix-neuvième siècle.
Descartes demanda des observations critiques sur ses Médi-tations , comme il avait fait pour ses précédents ouvrages. Nousne mentionnerons que celles de Gassendi , parce qu’elles eurentpour résultat de brouiller tout à fait deux philosophes, qui s’es-timaient peut-être plus qu’ils ne pouvaient s’aimer. Descartes avait eu le tort de ne pas citer Gassendi dans son Traité desMétéores. Cependant il n’ignorait pas que ce philosophe, setrouvant en Hollande, avait fait, en même temps que lui, unedissertation sur le phénomène desparhélies, et il devait même sesouvenir que c’était par une communication de Gassendi que lapremière description des parhélies de Rome lui était parvenue.
Gassendi ayant sur le cœur ce mauvais procédé, ou tout aumoins ce manque d’égard, ne répondit d'abord que par un refusau P. Mersenne qui l’invitait, en lui offrant un exemplaire desMéditations, à lui faire part de ses remarques sur cet ouvrage.Gassendi ne se croyait pas l’esprit assez libre de prévention,pour juger une œuvre de Descartes avec toute l’impartialité né-cessaire. Le P. Mersenne, qui raccommodait assez volontiersles savants, mais qui les brouillait tout aussi volontiers, nemanqua pas d’informer Descartes du refus ainsi motivé. Des cartes répondit qu’il avait toute confiance dans le calme et lamodération d’un philosophe, qui avait su dissimuler sa rancunependant plus de trois ans. Cette riposte décida Gassendi à en-treprendre sur-le-champ la critique qu’on lui demandait.
Les objections se ressentirent de sa mauvaise humeur. Il y ena de spécieuses et même d’assez fortes, mais beaucoup d’amèreset de pointilleuses. Il avoua lui-même à deux de ses amis « qu’iln’avait examiné de si près la métaphysique de Descartes queparce qu’il avait reçu de lui quelque malhonnêteté. « Descartes prit le même ton, encore un peu renforcé, dans ses réponsesaux objections de Gassendi , et voilà nos deux philosophes telle-ment divisés qu’on ne put les rapprocher que longtemps après,et lorsque l’un d’eux fut aux prises avec une grave maladie.C’était presque une réconciliation in extremis.