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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
fuit dire à Bossuet lui-même, non sans un peu de moquerie, queDescartes « avait eu trop de peur des foudres de l’Église ».
Sa modération intempestive n’arrêta pas cette fois ses enne-mis, Voëtius parvint à faire condamner le disciple, et du mêmecoup le maître, par le conseil de l'Université, puis par le sénatde la ville. Le sénat ne fît du reste que prononcer une sentenceapportée au nom et à la requête de l’assemblée des quatre Facul-tés, et que Voëtius avait libellée lui-même.
Descartes dut recourir à la protection du ministre de France pour prévenir les suites fâcheuses que pouvait avoir cetteaffaire. Le ministre intervint efficacement. Il était temps, cardans la lettre que lui écrivit Descartes et que nous possédonsaujourd’hui (1), on voit qu’il eut la crainte très-fondée d’êtrearrêté.
Ses ennemis ne lâchèrent pas encore prise. Us trouvèrentparmi les professeurs de l’Université de Groningue , un certainSchoockius, qui, sans aucun motif d’inimitié ou de rivalité contreDescartes , dont il n’était pas même connu, eut la lâche com-plaisance de se faire le prête-nom de Voëtius , pour les nouvellesaccusations que celui-ci préparait contre le chef de la philo-sophie nouvelle. Il composa un gros livre, qu’il livra à Voëtius ,pour le faire imprimer à Utrecht , le laissant libre d’y ajoutertoutes les injures et toutes les calomnies que sa haine pourraitlui suggérer. C’est dans cet écrit que Descartes est appeléproscrit, vagabond, Caïn , athée, digne du bûcher de Vanini.
Ce beau zèle reçut cette fois sa légitime récompense : le traitretourna contre ceux qui l’avaient lancé. Pendant que, stimu-lés par leurs cris, les magistrats d’Utrecht commencent desprocédures contre Descartes , ce dernier traduit lui-mêmeSchoockius à Groningue , devant ses juges naturels. Les Étatsde la province, mis en mouvement par une enquête du ministrefrançais , interviennent dans cette affaire, et le sénat académi-que de 1 Université de Groningue prononce une sentence quicouvre de honte Voëtius , et ne fait grâce à Schoockius qu’enconsidération de son repentir, et moyennant une amende hono-rable, qui fut insérée tout au long dans les considérants. Ce