231
triomphe était d’autant plus éclatant que la sentence étaitrendue, non-seulement en faveur de Descartes , mais en l'honneurde la philosophie nouvelle.
Au milieu de ces persécutions et de ces épreuves, un desgrands ouvrages de notre philosophe, Les Principes, avaitparu. Nous avons dit que Descartes avait voulu résumer toutesa physique clans ce livre, dont nos lecteurs connaissent déjàla partie qui regarde le mouvement de la terre. Les Principesremplacèrent ce Traité du Monde , que Descartes n’avait pasosé publier après la condamnation de Galilée . C’est là aussi quese trouve le fameux système des Tourbillons, qui a fait pendantun siècle une si grande fortune, et dont il nous reste à donnerun exposé succinct.
Jamais système ne mérita mieux son nom : c’est l’explicationde toutes choses par une théorie poussée à outrance. Fidèle àson idée favorite, d’expliquer toute la nature par des lois méca-niques, Descartes fait agir ces lois dès le commencement de lacréation. 11 voit l’univers entier comme une immense machine,dont la main de Dieu a d’abord disposé les rouages et les ressortsde la manière la plus simple. Dans cette quantité effroyable decorps et de mouvements, Descartes cherche la disposition descentres. Suivant lui, chaque corps a son centre particulier,chaque système a son centre général. Il doit y avoir, en outre,un centre universel, auquel sont subordonnés tous les autressystèmes rangés autour de lui. Descartes place le nôtre dans lesoleil. Ce système est une des roues de la machine universelle ;le soleil est son point d’appui. Cette grande roue embrasse dix-huit cents millions de lieues dans sa circonférence, à ne comp-ter que jusqu’à l’orbe de Saturne (il aurait fallu agrandirencore ce cercle immense, si Uranus eût été découvert alors,sans parler de Neptune , reconnu de nos jours aux confins dumonde solaire, par le génie mathématique de Le Verrier ). Queserait-ce si l’on pouvait suivre la marche excentrique des co-mètes! Cette roue de l’univers doit communiquer à une rouevoisine dont la circonférence est peut-être plus grande encore;celle-ci communique à une troisième; cette troisième àjuneautre, et ainsi de suite dans une progression qui n’a pas de fin,à moins d’admettre qu’il puisse y avoir des limites dans l’espace.Toutes ces roues, par la communication du mouvement, se ba-