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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
lancent et se contrebalancent, agissent et réagissent l'une surl’autre, se servent naturellement de poids et de contrepoids.De là résulte l’équilibre de chaque système et de chaque équi-libre particulier, l’équilibre du monde.
Que l’on compare le vague et l’arbitraire de ce système dumonde avec la simple et pure conception de Kopernick et deKeppler !
Telle est l’idée que Descartes se fait de l'univers et il entre-prend de le créer avec trois lois de mécanique. Mais auparavantil établit les propriétés générales de l’espace, de la matière etdu mouvement. Il fait observer d’abord que toutes les partiesétant enchaînées, le mécanisme ne peut être interrompu nullepart, et que la matière seule peut agir sur la matière; il fautdonc que tout soit plein. Il admet un fluide immense et con-tinu qui circule entre les parties solides de l’univers; et le videest ainsi proscrit de la nature.
I/idée de l’espace est nécessairement liée à celle de l’étendue,et Descartes confond l’idée de l’étendue avec celle de la ma-tière; car on peut dépouiller successivement les corps de toutesleurs qualités; l’étendue y restera toujours sans qu’on puissejamais l’en détacher. C’est donc l’étendue qui constitue la ma-tière, et c’est la matière qui constitue l’espace. Mais où sont lesbornes de l’espace? Descartes ne les conçoit nulle part; l’uni-vers, suivant lui, ne peut être que sans limites.
Il passe ensuite aux lois du mouvement. Descartes voulut gé-néraliser tous les phénomènes du mouvement, pour en découvrirles lois. Comme tout, sur la terre aussi bien que dans les cieux,s’opère par le mouvement, c’était vouloir remettre aux hommesla clef de la nature. Malheureusement il ne sut pas la trouver.Tandis que, plus de trente ans auparavant, Galilée , suivant laseule méthode applicable en ce genre de recherches, avait dé-couvert la loi de la chute des corps, qui est la base de toute ladynamique, Descartes alla se perdre dans les subtilités ordi-naires de sa métaphysique. En cela, Descartes avait le tortde se départir de la règle qu’il avait tant recommandée : n’ad-mettre rien pour vrai que ce que l’on conçoit clairement. Ilimaginait lorsqu’il fallait observer. Au lieu de remonter deseffets aux causes, il descendait des causes aux effets; en unmot, il procédait à priori, absolument comme les scolastiques