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SAVANTS Dü DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
« L'eau, dit Harvey, tombe sous la forme do pluie, pour féconder laterre, puis les rayons du soleil la ramènent dans l’atmosphère sousforme de vapeur; elle s’y condense, et elle retombe de nouveau. De mêmele sang, chassé par le cœur dans les artères, porte partout la chaleur etla vie; puis vicié et refroidi, il retourne vers le cœur, qui le renvoie denouveau vers les organes d’où il était venu. »
En voulant substituer une vérité nouvelle à une erreur con-sacrée par les siècles, Harvey devait s’attendre à soulever biendes orages. Du reste, il ne s’était fait à cet égard aucune illu-sion : « Ce que je vais annoncer, disait-il, est si nouveau queje crains d’avoir tous les hommes pour ennemis, tant les pré-jugés et les doctrines, une fois acceptés, sont enracinés chez toutle monde. »
La résistance fut opiniâtre ; la mauvaise foi se glissa dansles discussions, et la personne de l’auteur ne fut pas toujoursépargnée.
Le premier adversaire que Harvey rencontra n’était pas très-redoutable. C’était un jeune médecin du Yorkshire , nomméPrimerose, français d’origine, et qui avait fait ses études à laFaculté de Montpellier. Son libelle lui fît peu d’honneur. Touteson argumentation reposait sur l’existence du trou interventri-culaire. Tous les travaux de Servet, de Colombo et de Césalpin ,sur la petite circulation, paraissaient non avenus pour le jeunecritique, ou étaient ignorés de lui. Il assurait que si Ton netrouve pas cet orifice après la mort, c’est qu’on ne peut juger,par l’état des organes sur le cadavre, de leur position pen-dant la vie. « Du reste, ajoute Primerose, à quoi bon cettedécouverte de la circulation du sang? Les anciens médecinsl’ignoraient, et cela ne les empêchait pas de guérir leurs ma-lades. » Cet argument, qui est la négation du progrès, n’estque trop souvent encore mis en avant de nos jours.
On ne pouvait, du reste, attendre mieux d’un auteur qui an-nonce, dans sa préface, que son livre lui a coûté quinze longsjours de travail. Ce bon Primerose se faisait gloire d’avoir em-ployé quinze jours à réfuter des opinions qui étaient le fruit dequatorze années d’expériences et d’études !
Le second adversaire, qui n’était pas plus redoutable que lepremier, fut un médecin de Padoue , Parisiani, élève de Fabriced’Aquapendente. A l’ignorance de Primerose Parisiani ajou-