TOURNEFORT
;:03
apprendre de lui à connaître les nombreuses plantes de cetterégion de l’Espagne . Parmi ses compagnons de voyage se trou-vait Magnol (1), qui devait plus tard professer à Montpellier labotanique non sans éclat, et avec lequel Tournefort s’était liéd’amitié, pendant son séjour à Montpellier . Tournefort restajusqu’à la fin du mois d’août dans les montagnes de la Catalogne .
Les Pyrénées le tentaient singulièrement. Aussi, malgré lesreprésentations de ses amis, qui lui signalaient les dangers aux-quels il allait s’exposer, il partit seul, avec un léger bagage etquelque argent, pour parcourir toute la chaine’de ces montagnes.
Les dangers qu’on lui avait annoncés, ne tardèrent pas à seproduire. A peine avait-il escaladé quelques cimes pyrénéennes,qu’il fut surpris par des Miquelets (soldats espagnols ). Il futentièrement dépouillé, et laissé presque entièrement nu. Con-damné aune mort certaine, car le froid était très-vif, Tournefortsupplia les Miquelets de lui laisser au moins de quoi se cou-vrir. Les bandits se laissèrent attendrir, et lui rendirent sonjustaucorps, après en avoir, toutefois, visité avec soin lespoches. Heureusement, une des poches était percée, et avaitlaissé couler dans la doublure un mouchoir, dans lequel étaientnouées quelques pièces de monnaie. Notre jeune voyageurretrouva, avec un bonheur facile à comprendre, les épaves mi-raculeusement échappées à ses voleurs.
Tournefort, reprenant courage, continua sa route, se conso-lant par l’étude de la perte de son argent. Seulement il cherchaà se mettre à l’abri d'une autre mauvaise rencontre, et cachadans un morceau de pain noir et très-dur les quelques réauxqu’il avait sauvés du pillage. Cette ruse lui réussit. Il fut denouveau plusieurs fois arrêté par des Miquelets ; mais commeon ne trouvait sur lui qu’un morceau de pain noir, on le laissaitpasser avec mépris.
Ce ne fut pas seulement contre les hommes qu’il eut à lutterdans ce périlleux voyage à travers ces montagnes solitaires etsauvages. Ce n’était partout que précipices à éviter, rochersabruptes à escalader. Son ardeur pour la science le soutenaitdevant tant de périls, et lui faisait môme trouver agréable cettevie de privations et de fatigues.
(1) Lettre à Monsieur Bégon t par Lauthier tils.