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PAYANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Il reprenait la route de la France , quand il faillit périr, victimed’un accident imprévu. Fatigué d’une longue course dans lamontagne, il dormait, abrité sous une misérable cabane debûcheron, faite de bois et de terre, lorsqu’un coup de vent subitrenversa la frêle chaumière, et ensevelit sous ses décombres lemalheureux botaniste. Tournefort passa deux heures dans cetteposition critique. Il aurait inévitablement péri, si ses cris dedétresse n’eussent été entendus par des paysans, qui accouru-rent, et parvinrent à le dégager.
Contraint, par l’arrivée de la saison des neiges, de quitter lesPyrénées , Tournefort revint à Montpellier , pour terminer sesétudes médicales. Il alla recevoir le bonnet de docteur àOrange, et revint enfin dans sa ville natale, pour s'y reposerquelque temps.
A peine remis de ses fatigues, il entreprit un nouveau voyage.La flore des Alpes lui étant inconnue, il résolut d’explorer cesmontagnes. La riche moisson de plantes qu’il en rapporta, lepaya des fatigues qu’il avait eues à subir.
De retour à Aix , il s’occupa de ranger son herbier. « Il n’ap-partient pas à tout le monde, comme le dit Fontenelle, decomprendre le plaisir de voir des plantes en grana nombrebien entières, bien conservées, disposées suivant un bel ordre,dans de grands livres de papier blanc. » Ce plaisir payait notrejeune botaniste de toutes les fatigues qu’il avait endurées.
Cependant la renommée avait porté jusqu'à Paris le nom deTournefort. Son savoir et son infatigable ardeur pour lesprogrès de la botanique étaient arrivés aux oreilles de Fagon ,médecin du roi et intendant du Jardin royal des plantes,fondé par Louis XIII . Fagon voulut le connaître, et il s’adressa,dans ce but, à madame de Venelle, sous-gouvernante des en-fants de France , qui était liée avec la famille de Tournefort.Cette dame écrivit au jeune homme, pour l’engager à venir àParis .
Tournefort se rendit à cette invitation, en 1G83, et madamede Venelle le présenta à Fagon . Dès la première entrevue, lemédecin de Louis XIII reconnut tout le mérite de Tournefort.Peu de temps après, il le fit nommer, à sa place, professeur debotanique au Jardin du roi; car ses nombreuses occupations nelui permettaient plus de remplir ces fonctions.