TOURNEFORT
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Dès son installation au Jardin du roi, comme successeur deFagon, Tournefort s’occupa activement de restaurer ce jardinbotanique, qui avait été beaucoup délaissé depuis quelquesannées. Il en fit, en peu de temps, un des plus beaux établisse-ments de l’Europe ,
Tournefort établit l’usage excellent des herborisations auxenvirons de Paris , pour les étudiants. Grâce à son talent et à saréputation, ses cours et ses herborisations attiraient non-seu-lement beaucoup d’élèves de TUniversité de Paris , mais encoreun grand nombre d’étrangers.
Notre jeune professeur ne renonçait pas à ses voyages. Aumois de mai 1688, il repartit pour l’Espagne . Il parcourut plu-sieurs provinces, recueillit une foule de plantes inconnues, etpassa en Portugal . Dans l’Andalousie , il étudia les palmiers,arbres très-communs dans cette contrée, sans pouvoir, toutefois,pénétrer le mystère de leur mode de fécondation.
De retour à Paris , il enrichit le cabinet du roi d’une bellecollection de plantes, rapportées de son voyage.
Il alla ensuite visiter l’Angleterre. Dans toutes les contréesqu’il parcourait, il se mettait en rapport avec les savants, afinde vulgariser les connaissances qu’il avait acquises, et d’enrecueillir de nouvelles. En Hollande, il se lia très-intimementavec Herman, célèbre professeur de botanique à l’Université deLeyde. Ce dernier, reconnaissant dans le botaniste français un véritable génie, et ayant à cœur la gloire de son pays, luioffrit de résigner en sa faveur sa charge de professeur de bota-nique. Bien que la Hollande fût alors en guerre avec la France ,Herman fit décréter, par les Etats généraux, qu'une pension dequatre mille livres serait attachée au titre de professeur debotanique à Leyde . Mais cette proposition ne fut pas acceptéepar Tournefort, et la France sut bientôt se montrer reconnais-sante envers lui de ce sacrifice patriotique.
En 1692, l’abbé Bignon , nommé président de l’Académie des sciences , appela Tournefort à faire partie de cette savanteassemblée.
Tournefort consacrait les heures de liberté que lui laissaientses cours à la rédaction d’un ouvrage destiné à rendre la bota-nique accessible à tout le monde, entreprise d’une incontestableutilité, à une époque où la science des végétaux n’était pas
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T. IV.