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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
covps et. se continue entre les interstices de leurs particules infinimentplus grossières que lui. Il appelle ce fluide matiïre élhèrre. Les corps quinous paraissent lumineux sont ceux dont les particules étant mises dansun mouvement de vibration très-rapide par une cause qu’il indique, agitent,selon lui, les parties de la matière éthérée, et y excitent des ondes toutà fait analogues à celles que les corps sonores excitent dans l'air, avecla seule différence que leur propagation est plus rapide, en conséquencede la plus grande élasticité du milieu. Ces ondes, en venant frapper nosyeux, produisent en nous la sensation de la vision, comme les ondesaériennes produisent la sensation du son, quand elles viennent frappernotre oreille; mais pour que leur effet soit appréciable, il y faut cette par-ticularité, tout au moins bien singulière, qu’un certain nombre d’entreelles conspirent simultanément, de manière que les cercles qui en ré-sultent puissent avoir une tangente commune. Huygens en donne pourraison (pie l'ébranlement particulier produit par chaque onde, perdant deson intensité à mesure qu’elle s’étend, il est nécessaire, pour que leureffet soit sensible, que plusieurs ébranlements pareils conspirent à un
même mouvement. On trouve que la même condition donne la loi de
l’égalité des angles dans la réflexion, ainsi que le rapport constant dessinus dans la réfraction ordinaire; ce qui doit peu surprendre, puisqu'onsait que tous ces phénomènes sont liés intimement entre eux.En gé-
néral, lorsqu’on examine de près les travaux physiques d’Huvgens, on yremarque toujours l'empreinte de la méthode que Descartes porta dansl'étude de la nature, et qui consiste à imaginer des combinaisons artifi-cielles pour la représenter.Huygens a découvert dans les phénomènes
de la double réfraction une loi mathématique qui doit être comptée parmiles plus beaux monuments de son génie. »
Le dernier ouvrage Je Huygens fut son Cosrnoiheôros, dédiéà son frère ainé, alors secrétaire d’Etat du roi Guillaume. Nousdevons nous arrêter quelques instants sur cette importanteproduction du philosophe hollandais.
Il nous semble que le savant auteur de l’article Huygens ,dans la Biographie générale , de Didot, s’est placé trop exclusi-vement an point de vue des théories de Newton , pour être àmême d’apprécier avec impartialité les travaux de Huygens surla physique, et particulièrement le Cosmotheôros. Newton estcertainement un des plus grands hommes qui aient paru dansles temps modernes; mais, depuis le milieu du dernier siècle,des découvertes nouvelles ont prouvé que tout, à beaucoup près,n’est pas également acceptable dans les Principes mathéma tiques de la philosophie naturelle , et que si cette œuvre dugénie mérite à tous égards notre admiration, il ne faut pasla regarder pourtant comme la limite extrême imposée à l’esprithumain. L’auteur blâme Huygens de donner, dans le Cosmo-theôros, « une libre carrière à son imagination, et de décider