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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
lui sur chaque planète, sur chaque satellite, pour en visiter leshabitants, et pour contempler successivement les perspec-tives variées que le spectacle du ciel doit offrir aux. astresépars qui forment notre système solaire. Il oublie pourtantune circonstance fondamentale : c’est que l’atmosphère d’uneplanète ne saurait être parfaitement identique avec celle d'uneautre planète, et qu’à la diversité des atmosphères doit sejoindre une diversité correspondante, dans la structure de l’or-gane de la vision, chez les différents êtres animés. De là doiventrésulter des effets dont nous ne saurions nous faire la moindreidée. Nous ne savons même pas si, pour tous les animaux quihabitent les mêmes lieux que nous sur la terre, les appa-rences de forme, de couleur, de situation, etc., sont pour lesyeux de ces animaux, les mêmes que pour les nôtres.
Suivant Huygens, le Soleil paraît trois fois plus gros auxhabitants de Mercure qu’aux habitants de la Terre , parce qu'ilssont trois fois plus près du Soleil ; d’où il suit que, dans Mer-cure, la lumière et la chaleur ont neuf fois plus d’intensité. PourVénus , la surface apparente du disque solaire est très-sen-siblement moindre que pour Mercure. Vénus reçoit deux foisplus de lumière et de chaleur que la Terre .
Notre planète, continue Huygens, doit se montrer aux habi-tants de Mars sous des aspects analogues à ceux que nous pré-sente Vénus . Les lunes de Jupiter et celles de Saturne doiventoffrir aux habitants de ces planètes des spectacles aussi beauxque variés. Mais ce sont surtout les habitants ue la Lune quidoivent jouir d’un spectacle étrange. La Terre , qu’ils voientplus grande que nous ne voyons la Lune , leur apparaît sus-pendue dans l’espace.
A l’énoncé de ces idées, chacun doit reconnaître le fonds del’ouvrage qui fut publié peu de temps après, par Fontenelle , laPluralité des mondes, et qui valut à son auteur une célébritérapide. Le Cosmot/ieôros de Huygens était écrit en latin, etbien qu’on en eût publié à Amsterdam une édition française (traduction de Dufour), l’ouvrage original, composé dans unelangue morte, et sorti de la plume d’un mathématicien quiajoutait peu d’importance aux formes littéraires, était inac-cessible au vulgaire. Fontenelle, par son esprit, par sa finesse,et l’élégance apprêtée de son style, donna aux idées concernant