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4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

empreinte sur sa physionomie. Dans la société de ses amis,ses traits, animés par une satisfaction intérieure et par lesdoux épanchements du cœur, devaient prendre une plus douceexpression. Peu touché néanmoins de l'accueil flatteur que sanaissance et sa renommée lui assuraient dans le monde, il nyparaissait que rarement; son goût pour le travail et pour unevie paisible len éloignaient sans cesse. Il aimait par dessustout la liberté d'esprit quon trouve dans la retraite. Sa fortuneétait considérable ; il nétait point marié ; il n'avait ni unefamille à soutenir ni des enfants à établir. Rien ne lem-pêchait donc de vivre à son gré, tantôt en Hollande, tantôten Angleterre ou en France , selon les besoins de ses études.Il ne fuyait pourtant pas toujours la société des femmes. Onrapporte quil chercha quelquefois des distractions dans celle deNinon de Lenclos , et lon ajoute qu'il fit, pour cette femme cé-lèbre, quelques vers, que la malice de Voltaire nous a conser-vés. Nous ne croyons pas toutefois que Iluygens ait jamaisperdu beaucoup de temps dans la compagnie de Ninon de Len­ clos . Lhomme que Newton honora du nom de grand, et pourlequel il professa toujours une admiration sans réserve ; celuidont il ne cessait de recommander les méthodes et le stylecomme des modèles, connaissait le prix du temps et le respectquil devait à son propre génie.

Iluygens jouissait partout de la plus haute considération.Lorsqu'il se trouvait à Paris , il recevait de toutes parts les plusaffectueux témoignages destime et d'amitié. Louis XIV aimaità voir de temps en temps à Versailles les grands hommes quihonoraient son règne, et dans quelques occasions, Huygens nepouvait se dispenser de paraître à la cour. Il navait rien, dansle monde, de cet air contraint et gêné, propre à certains savantsqui, ayant passé la première moitié de leur vie dans la retraite,ignorent le ton et les usages de la société, et ne s'y montrentquavec un embarras, qui contraste avec la célébrité de leurnom. La supériorité du génie et léclat de la renommée se joi-gnaient, chez Christian Huygens , aux avantages de la nais-sance et du rang. Tout, dans son extérieur, révélait le gen-tilhomme de race. Il y avait dans sa contenance , dans sadémarche, dans ses manières, cette simplicité noble, cet airaisé, qui résultent dune éducation traditionnelle et dun en-