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SAVANTS I)ü DIX-SEPTIEME SIECLE
La carrière s’ouvrait donc pour le jeune physicien, sous lesplus heureux auspices. Le petit nombre d’hommes instruitsqui se trouvaient alors dans la capitale tenaient dans la plusgrande estime sa personne et ses talents, et le Journal des savants , dispensateur de la considération et de la fortune scien-tifiques, l’accueillait avec faveur. Cependant, une année après,nous voyons Papin quitter subitement la France pour passeren Angleterre.
Quel motif pouvait le porter à abandonner sa patrie ? Avait-ilencouru la disgrâce de Colbert ? Obéissait-il simplement àcette humeur un peu vagabonde qui le fit appeler par un de sescontemporains 1ephilosophe cosmopolite ? On l’ignore. Les his-toriens et les auteurs de mémoires de la fin du dix-septièmesiècle, tout entiers au récit des intrigues des cours ou des évé-nements de la guerre, n’ont pas une ligne à consacrer à cesesprits d’élite qui employaient tous les moments de leur labo-rieuse existence à préparer à l’humanité des destinées meil-leures, et qui souvent no recevaient, en retour, que la misèreou l’oubli. Le nom d’Amontons , l’un des physiciens français lesplus remarquables du dix-septième siècle, est à peine pro-noncé dans les écrits de l’époque, et le génie de Mariottes’éteignit au milieu de l'indifférence de son temps. Papin n’apas attiré davantage l’attention des historiens. C’est dans sespropres ouvrages, dans un petit nombre de recueils scienti-fiques, ou dans les lettres éparses de quelques savants dont lacorrespondance s’est conservée, qu’il faut aller puiser les raresdocuments qui nous restent sur les événements de sa vie.
Tous ces documents sont muets sur la cause de son départpour Londres . Le Journal des savants nous apprend seulementque c’est à la fin de l’année 1075 qu’il quitta Paris (1).
Peu de temps après son arrivée en Angleterre, Papin eutl’heureuse inspiration de se présenter à Robert Boyle , l’illustrefondateur de la Société royale de Londres . C’est ce que nousapprend Bojde lui-même :
« Il arriva heureusement, dit-il, qu’un certain traité françois, petit devolume, mais très-ingénieux, contenant plusieurs expériences sur la con-servation des fruits, et quelques autres points de ditférentes matières,