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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
fut admis le 16 décembre 1680, et il ne tarda pas à se placer à unrang distingué parmi les membres de cette compagnie célèbre.
C'est peu de temps après, en 1681, qu'il fit connaître pourla première fois, dans un ouvrage écrit en anglais , sous le titrede New Dijester, l’appareil qui a reçu en France le nom dedigesteur ou de marmite de Papin (1).
Le digestenr, selon Papin, permettait de cuire les viandesen peu de temps et à peu de frais, tout en améliorant leur goût.Il donnait en même temps le moyen de ramollir les os, c’est-à-dire de les transformer en une substance qui a reçu de nosjours le nom de gélatine, ce qui ajoutait à la quantité de ma-tière nutritive contenue dans les diverses parties du corps desanimaux.
Cet appareil, qui a été renouvelé de nos jours sousle nom d 'autoclave, est loin d’avoir réalisé les promessesde l’inventeur ; les viandes cuites par ce moyen contractentune saveur ammoniacale. Aussi, quoique Leibnitz ait dit dansune de ses lettres : « Un de mes amis me mande avoir mangéun pâté de pigeonneaux préparé de la sorte par le digesteur,et qui s’est trouvé excellent (2), » il est permis de contesterl’utilité de ce procédé de cuisine économique.
La marmite de Papin était munie d’un appareil connu de nosjours sous le nom de soupape de sûreté, et qui constitue l’undès organes les plus importants de la machine à vapeur mo-derne. Tout le monde s’accorde à ajouter la plus haute impor-tance à la découverte de cet appareil, que l’on regarde commele prélude des travaux de Papin sur la vapeur. Au risque deparaître soutenir un paradoxe, nous oserons nous séparer en-core sur ce point de l’opinion commune. Comme nous nousefforçons d’appuyer sur des textes authentiques les principauxfaits exposés dans cette biographie, nous citerons le passageoriginal du livre de Papin sur le digesteur. On verra que lasoupape de sûreté a une origine beaucoup plus humble qu’on nel'imagine.
(1) La traduction française du Neiv Digester fut publiée à Paris , en 16B2, parComiers, sous ce titre : La manière d'amollir les os et de faire cuire toutes sortes deviandes en fort peu de temps et à peu de frais f avec une description de la machine dont ilse faut servir pour cet effet , ses propriétés et ses usages confirmés par plusieurs expériences,nouvellement inventée par M. Papin , docteur en médecine.
(2) Opéra, in—1768, t. I, p. 165.