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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
le grand dessein qu’il se proposait, en construisant une autremachine, également fondée sur l'emploi de la pression de l’air,mais dans laquelle le vide, au lieu d’être déterminé par le jeud’une pompe pneumatique, serait obtenu en faisant détoner dela poudre à canon sous le piston de cette pompe. La poudre,brûlée dans un cylindre fermé par une soupape et parcouru parun piston, dilatait l’air par l’effet de la chaleur dégagée pen-dant la combustion ; cet air, s’échappant par la soupape, pro-voquait un vide dans le ct'lindre, et dès lors la pression atmos-phérique, pesant sur la tête du piston, chassait celui-ci dansl’intérieur du corps de pompe. C’était, comme on le voit, leprincipe de la machine précédente ; seulement le vide étaitproduit par un artifice d’une autre nature.
La machine à poudre que Papin fit connaître en 1088 (1),n’était pas, à proprement parler, une invention de ce physicien.La première idée en avait été émise par T abbé de Ilautefeuille,dans un mémoire imprimé à Paris en 1078 (2). A cette époque,le projet d’appliquer la pression atmosphérique û la créationd’un nouveau moteur occupait tous les savants. L’abbé de Ilau-tefeuille avait parlé, le premier, d’obtenir une force motriceempruntée à la pression atmosphérique, en faisant le vide dansun tuyau par suite de la combustion de la poudre. Le principede cette machine avait été conçu par l’abbé de Ilautefeuille àl’époque où Louis XIV voulait élever les eaux de la Seine pourles consacrer à l’embellissement des jardins de Versailles ; lesimmenses difficultés de cette entreprise extravagante tenaientalors en haleine l’esprit de tous les mécaniciens français .
« Un si grand nombre d’inventions qui ont été proposées pour éleverdes eaux à Versailles m’engagea, dit Jean de Ilautefeuille, à méditer surles moyens de le faire avec facilité... Repassant ainsi dans mon imagina-tion toutes les forces qui pouvaient être dans la nature, il s’en présentaune qui est infiniment plus grande que celle du vent, du courant desrivières et des torrents, et la plus violente qui ait jamais été : cette forceest la poudre à canon, que l’on n’a point encore employée à l’élévationdes eaux (3). »
(1) De novo pulveris pyrti usti (Acta eruditorum Lipsiœ, septemb. 1688, p. 496}.
(2) Pendule perpétuelle , avec un nouveau balancier , et la manière d'élever Veau par lemoyen de la poudre à canon, et autres nouvelles inventions contenues dans une lettreadressée par M. de Hautefeuille à un de ses amis. 1678, p. 16.
(3) Pendule perpétuelle, etc., p. 90.