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Le principe était bon en lui-même, mais la machine proposéepar l’abbé pour le mettre à exécution était des plus grossières.Elle se composait d’une grande caisse disposée à trente pieds(9 m. 745) au-dessus de la masse d’eau qu’il s’agissait d'élever ;cette caisse était munie de quatre soupapes s’ouvrant de dedansen dehors, et se terminait par un tube plongeant dans l’eau.Quand on enflammait, dans la caisse, une certaine quantité depoudre à canon, on dilatait l'air contenu dans le tube, et cetair, s'échappant par les soupapes, provoquait, dans l’intérieurde cet espace, un vide partiel. Par suite de ce vide, l’eau,pressée par l’atmosphère extérieure, s’élancait dans l’intérieurde l’appareil.
Nous avons déjà parlé de l’abbé de Hautefeuille dans la bio-graphie de Iluygens. Doué d’un certain esprit d'invention et derecherche, Jean de Hautefeuille avait des habitudes assezfâcheuses. Il abordait tous les sujets sans en approfondir unseul; il émettait, en termes laconiques, beaucoup d’idéesvagues et mal formulées, et lorsque, plus tard, d’autres savantsvenaient à traiter sérieusement les questions qu’il n’avait faitqu effleurer, il fatiguait le public du bruit de ses réclamations.C’est ainsi qu’il écrivait en 1082 :
« Il y a trois ou quatre ans que je proposai une force qui me semblaitdevoir être de quelque utilité; c’est la poudre à canon, qui produit l’effetde la pompe aspirante par la raréfaction de l'air, et celui de la pompefoulante par son effort. J'ai appris depuis ce temps-là que l’on avait faitune expérience à l'Académie royale des sciences , qui en approchait, etque l'on avait essayé ce principe pour l’élévation des corps solides... Onm’a assuré qu’un gros de poudre à canon avait enlevé en l’air sept ou huitlaquais qui retenaient le bout de la corde, et qu’ayant attaché des poids àson extrémité, ce gros de poudre avait enlevé mille ou mille deux centslivres (4b9 k., 5 ou 5S7 k.,4) pesant (1). »
Ce n’était point l’Académie qui avait exécuté l’expériencedont parle Jean de Hautefeuille , mais bien Iluygens, qui avaitsubstitué à ce grossier mécanisme un appareil perfectionné,consistant essentiellement -dans l’emploi d’un corps de pompeparcouru par un piston. La machine n’était plus bornée au seul
(I) Réflexions sur quelques machines à elever les eaux, avec la description d'une nou-velle pompe sans frottement et sans piston, adressées par .V. de Hautefeuille à madame laduchesse de Bouillon, p. 9.