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SAVANTS I)U DIX-SEPTIEME SIECLE
voulu faire un procès; mais je n'ai déjà fait perdre que trop de temps àSon Altesse pour mes petites affaires, et il vaut bien mieux céder etquitter la place que d'être trop souvent obligé d’importuner un si grandprince. Je lui ai donc présenté une requête pour le supplier très-humble-ment de m’accorder la permission de me retirer en Angleterre, et SonAltesse y a consenti avec des circonstances qui font voir qu’elle a encore,comme elle a toujours eu, beaucoup plus de bonté pour moi que je nemérite.
« Une des raisons que j’ai alléguées dans ma requête, c’est qu'il estimportant (pie ma nouvelle construction de bateau soit mise à l’épreuvedans un port de mer, comme Londres , où on pourra lui donner assez deprofondeur pour y appliquer la nouvelle invention qui, par le moyen dufeu, rendra un ou deux hommes capables de faire plus d’effet que plu-sieurs centaines de rameurs. En effet, mon dessein est de faire ce voyagedans ce même bateau, dont j'ai déjà eu l’honneur de vous parler autre-fois, et l’on verra d’abord que sur ce modèle il sera facile d’en faired’autres où la machine à feu s’appliquera fort commodément. Mais il setrouve une difficulté, c’est que ce ne sont point les bateaux de Cassel quivont à Brême, et quand les marchandises de Cassel sont arrivées àMiinden, il faut les décharger pour les transporter dans les bateaux quidescendent à Brème. J'en ai été assuré par un batelier de Miinden, quim'a dit qu'il faut une permission expresse pour faire passer un bateau delaFulda dans le Weser : cela m’a fait résoudre, Monsieur, de prendre laliberté d’avoir recours à vous pour cela. Comme ceci est une affaire par-ticulière et sans conséquence pour le négoce, je suis persuadé que vousaurez la bonté de me procurer ce qu’il faut pour faire passer mon bateauà Miinden, vu surtout que vous m’avez déjà fait connaître combien vousespériez de la machine à feu pour les voitures par eau. On m'a aussi ditqu’à Hamel il y a un courant extrêmement rapide, et qu’il s'y perd desbateaux. Cela me ferait souhaiter de savoir à peu près à combien dedegrés ce canal est incliné sur l'horizon. Ainsi, Monsieur, si vous avezeu la curiosité de faire cette observation, je vous supplie d'avoir aussi labonté de me dire ce qu’il en est. En tout cas, il vaudra toujours mieuxprendre trop que pas assez de précautions pour garantir mon bateau detout accident. Si j’étais assez heureux pour que vos affaires vous appe-lassent dans l’une ou l’autre de ces deux villes dans Je temps que j’ypasserai, je m’y ferais une extrême satisfaction d’y entendre et d’y pro-fiter de vos bons avis en voyant notre bateau, et de vous supplier decontinuer la même bienveillance dont vous m’honorez depuis si long-temps, et de me permettre toujours de me dire avec respect, Monsieur,votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« D. Papin. »
Dès la réception de cette lettre, Leibnitz écrivit au conseillerintime de l'électeur de Hanovre , pour obtenir l’autorisation defaire passer le bateau de Papin des eaux de la Fulda danscelles du Weser . Mais cette autorisation fut refusée, ou dumoins elle se fît attendre; car, dans une seconde lettre, datéedu 1 er août 1707, Papin se plaint des retards qu’éprouve sademande.