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Pour mettre le temps à profit, il continuait les essais de sonbateau. La lettre suivante, adressée à Leibnitz et datée du15 septembre, montre que les résultats qu’il obtenait étaientde nature à l’encourager.
« L’expérience de mon bateau a été faite, et elle a réussi de la manièreque je l'espérais: la force du courant de la rivière était si peu de choseen comparaison de la force de mes rames, qu’on avait de la peine à recon-naître qu’il allât plus vite en descendant qu'en montant. Monseigneur eutla bonté de me témoigner la satisfaction d’avoir vu un si bon effet, et jesuis persuadé que si Dieu me fait la grâce d’arriver heureusement àLondres , et d’y faire des vaisseaux de cette construction qui aient assezde profondeur pour appliquer la machine à feu à donner le mouvementaux rames, je suis persuadé, dis-je, ([ue nous pourrons produire des effetsqui paraîtront incroyables à ceux qui ne les auront pas vus. »
Mais il n’était pas dans sa destinée de voir ce grand projets’accomplir. La lettre que nous venons de citer contient lejiosl-scriptum suivant, indice précurseur du mécompte quil’attendait.
« Je viens de recevoir une lettre de Miinden, d'une personne qui aparlé au bailli pour la permission de passer mon bateau dans le Wéser .KUe a eu pour réponse que c’est une chose impossible; que les bateliersne le veulent plus, parce qu'ils ont payé une amende de cent écus, et quela permission de Son Altesse électorale est nécessaire pour cela. Il estvrai (pie quelques bateliers m’ont dit le contraire, mais d’autres aussi ontdit qu’il fallait une permission de Son Altesse. Je ne puis croire queceux qui m’ont dit le contraire aient voulu me tromper. Enfin, je mevois en grand danger qu’après tant de peines et de dépenses qui m’ont étécausées par ce bateau, il faudra que je l’abandonne, et que le public soitprivé des avantages que j’aurais pu, Dieu aidant, lui procurer par cemoyen. Je m’en consolerai pourtant, voyant qu’il n’y a point de mafaute, car je ne pouvais imaginer qu’un dessein comme celui-là dûtéchouer faute de permission. »
Il était en effet trop pénible de penser qu’un projet qui avaitcoûté toute une vie de travaux pût échouer devant un si misé-rable obstacle. C’est là cependant le triste dénoûment que samauvaise étoile réservait aux efforts de Papin.
Ne recevant pas la permission qu’il avait demandée à l’élec-teur de Hanovre pour entrer dans les eaux du Weser , Papincrut pouvoir passer outre. Le 25 septembre 1707, il s’em-barqua à Cassel sur la Fulda , et arriva à Miinden le même jour.