PAPIN
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tation et lettre parfaitement inutiles. Nulle enquête vengeresse ne vinttroubler le repos du bourgmestre, du bailliage et de la gliilde. A l'en-chère furent lotis, criés, vendus les matériaux de l’invention miracu-leuse, et « son bonhomme de passager, » ainsi parle Zeuner, s’en allasans proférer une plainte. Il laissait pourtant derrière lui, sur la terreallemande, sa dernière espérance écoulée! »
Nous citerons, à l’appui du récit qui précède, un assez cu-rieux document. C’est une lettre adressée à Leibnitz parZeuner, le bailli de îdünden. Le bailli, honteux sans doute dela fâcheuse aventure arrivée au protégé du puissant Leibnitz ,essaye de s’en excuser, et de se prémunir d’avance contre lesplaintes du vieillard qu’il a laissé si inhumainement traiter.Cette lettre, rapportée par M. Kuhlmann, est écrite en fran çais ; nous la citons textuellement :
MUuden, ce 27 septembre 1707.
a Monsieur,
« Ayant appris par le médecin Papin, qui, venant de Casscl, passaavant-hier par cette ville, que vous vous trouvez présentement en cettecour-là, je me donne l'honneur de vous avertir, Monsieur, que ce pauvrehomme de médecin, qui m'a montré votre lettre de recommandation pourLondres , a eu le malheur de perdre sa petite machine d’un vaisseau àroues que vous avez vue, les bateliers de cette ville ayant eu l’insolencede l'arrêter et de le priver du produit de ses peines, par lesquelles ilpensait s'introduire auprès de la reine d’Angleterre. Comme l'on ne m'a-vertit de cette violence qu’après que le bonhomme fut parti, et qu'il nes’était point adressé à nous, mais au magistrat de la ville pour s’enplaindre, quoique cette affaire fût de ma juridiction, vous voyez, Mon-sieur, qu’il n’était pas eu mon pouvoir d’y remédier. C’est pourquoi jeprends la liberté de vous informer de ce fait, en cas que si cet hommeen voulût faire des plaintes à Hanovre et à Cassel, vous soyez peisuadédo la vérité et de la brutalité de ces gens-ci. Si, en repassant à Hanovre ,je puis avoir l’honneur de vous voir, Monsieur, je me donnerai celui devous assurer moi-méme de la passion constante avec laquelle je suis,Monsieur, volve très-humble et très-obéissant serviteur.
« Zeuner. »
On est saisi d’un profond sentiment de compassion quand onse représente l'infortuné vieillard, privé des moyens sur les-quels il avait fondé toutes ses espérances, sans ressources,presque sans asile, et ne sachant plus en quel coin de l’Europe
tellement ballottés entre le ciel et l’enfer. (La France protestante, liv. XV, p. 113,pense, avec raison, que le plus coupable fut l'électeur de Hanovre.) [N T ote de M. dela Saussaye )