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SAVANTS I)U DIX-SEPTIEME SIECLE
suadé que c’était Dieu lui-même qui lui prescrivait d’entrerdans cette carrière, ne se laissa détourner de sa voie par aucuneconsidération.
Van Helmont ne pouvait méditer longtemps et profondémentsur un sujet, sans tomber peu à peu dans une sorte d extase, oude sommeil intellectuel (somniuvi intellectuelle). Dans cet état,il avait ces songes, ces visions, ces idées intuitives, qu’il seplaît à rapporter avec détail, et dont il s inspirait. Il raconte,par exemple, qu’un jour, s’étant demandé si la médecine n’estpas une science vaine, les longues réflexions auxquelles il selivra, pour résoudre cette question, le firent tomber dans unesorte de sommeil extatique, et il eut alors un songe intellectuel :
« Je vis mon âme, dit-il ; elle avait la forme humaine; mais elle n’étaitque d'une médiocre étendue, et ne présentait aucun des caractères quidistinguent les deux sexes. Une vive lumière, qui n’avait rien d'analogueà ce que nous connaissons dans notre monde sublunaire, et en compa-raison de laquelle la lumière de notre soleil n est tpi un amas ténébreux,vint tomber sur mon âme et se mêler a sa nature. Dès lors, j eus uneidée claire de l’union de l’esprit avec le corps, et je sus quel est celui deces deux éléments qui produit l’autre. »
Il ajoute plus loin :
« Dans un autre songe intellectuel, je vis un arbre de la plus grandebeauté; sa prodigieuse élévation et sa vaste circonférence, qui embras-sait presque tout l'horizon, me jetèrent dans un profond étonnement. Ilétait couvert d'une infinité de fleurs odorantes qui, par l’éclat et l'ex-trême variété de leurs teintes, offraient à la vue le plus agréable aspect.Parmi ces fleurs, on en distinguait présentant tout à la fois des fruitsau-dessus et des bourgeons au-dessous. Je voulus en cueillir une; maiselle fut à peine séparée de sa tige, qu’aussitût son odeur, sa couleur etsa forme s’évanouirent, et, au même instant, l’esprit de cette vision mefut révélé. »
Si l’on connaissait parfaitement la vie intime des grandshommes, on serait peut-être étonné d’apprendre qu’un certainnombre d’entre eux se sont plus ou moins inspirés de leurssonges, à quelque époque de Içur vie. Cardan se sentait éclairé,dans ses travaux mathématiques, par les songes extatiques aux-quels il était sujet. Newton est parvenu ainsi à résoudre plusd’un problème, et Descartes nous apprend lui-même qu’il neconçut le plan de sa méthode analytique qu’après trois songesconsécutif:.