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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIECLE
soplie. Quatre de ses frères étaient pairs du royaume, et onlui offrit plusieurs fois la pairie. Il la refusa, avec une simpli-cité qui ne permettait pas de supposer à son refus d’autremotif qu’une absence totale d’ambition. Le plaisir qu’il trouvaitdans l’étude des sciences lui paraissait préférable à la considé-ration que procurent les titres et les emplois.
Comme il appréciait avec une grande sagacité les hommes etles choses, il était quelquefois consulté sur les grandes affairesqui s’agitaient au sein du gouvernement. Suivant lui, tout,dans la politique, doit tendre à rendre les hommes meilleurset plus heureux. C’était là sa grande pensée. Il s’éloigna dela cour, où il était accueilli avec distinction, écouté avec défé-rence, quand il vit que l’on continuait à prendre pour règleune pensée tout autre dans la direction générale des affaires-.
Tel nous apparaît le caractère de Iîoyle dans son Oraisonfunèbre, prononcée à Westminster, par le docteur Lîurnett, etdans sa Vie, écrite par Boulton.
Un tel homme ne pouvait avoir des ennemis : il n’eut quedes adversaires. Il fut attaqué quelquefois pour ses travaux surles sciences, mais plus souvent pour ses écrits théologiques,politiques et moraux, etc. Le célèbre auteur de Gulliver , lesatirique Swift, publia contre lui un pamphlet, intitulé :Méditations 'pieuses sur un manche à balai, suivant lamanière du noble Robert Boy le. Swift a déployé, le mêmeesprit satirique dans ses Voyages de Gulliver , où l'on trouveune description plaisante des travaux dont s’occupent lesmembres d’une association de savants. L’un, dit-il, cherche,depuis vingt ou trente ans, à mettre les rayons du soleil enbouteilles, et à faire, pendant l’été, une provision de chaleur etde lumière pour l’hiver; un autre expérimente sur des toiiesd’araignée, etc. Swift attaquait ainsi des hommes et des idéesqui étaient l'expression la plus noble du progrès scientifique etmoral. Ceux qu’il essayait de tourner en ridicule, étaientles membres de la Société j)ldlosoyhique, la première en datedes sociétés savantes de l’Angleterre. Nous laisserons à d’au-tres le soin d’admirer son esprit.
Lorsque Iloyle jugeait à propos de répondre aux attaques,il le faisait toujours avec calme et dignité, en homme qui esttoujours maître de lui-même et qui sait se respecter dans