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SAVANTS I)U DIX-SEPTIEME SIÈCLE
D"après les alchimistes, le spiritus mundi (âme du monde)devait exister dans les substances qui demeurent longtempsexposées à l’action de l’air. Les deux expérimentateurs ne met-taient pas en doute que l'eau, artificiellement dérobée à l’atmo-sphère par l'action de leur sel, ne renfermât le spiritus mundi.Ils distillaient donc ce sel, et le produit de cette distillationne pouvait être que Y âme du monde.
Ainsi l’entendaient, du moins, nos deux alchimistes, et lepublic lui-même, qui leur achetait, moyennant douze groschenle lotli (environ deux francs l’once), cette eau miraculeuse, dontseigneurs et vilains se montraient jaloux de faire usage.
Tout marchait ainsi, lorsqu’un jour, ou plutôt un soir, del’année 1G74, Baudouin ayant, par mégarde, cassé la cornuedans laquelle il avait l’habitude de calciner son sel de chaux,fut très-surpris de voir ce sel répandre dans l’obscurité unevive lumière. Il reconnut bientôt après que cette propriété deluire dans les ténèbres n’appartenait à cette substance que sion l’avait préalablement exposée, pendant un certain temps,à l’action du soleil. Le hasard seul avait présidé à cette obser-vation, mais notre expérimentateur en fut ravi, car il venaitde faire ainsi une véritable découverte.
Si Ton consulte, en effet, les ouvrages de Robert Boyle , ony voit que l’on désignait alors, sous le nom générique dephosphores, toutes les substances qui ont la propriété de luiredans l’obscurité. Boyle, qui avait étudié ces divers produits,les divisait en deux classes : les phosphores naturels et lesphosphores artificiels. Dans la classe des phosphores naturels,Boyle rangeait le diamant, le ver luisant, le bois pourri et lespoissons devenus phosphorescents par la putréfaction. Laclasse des phosphores artificiels ne comprenait, d’après Boyle,qu’une seule espèce, la pierre de Bologne (notre sulfure debarj-uni). Baudouin venait de découvrir une nouvelle espècedans le groupe des phosphores artificiels. Cette substanceétait même appelée à exciter particulièrement la curiosité dessavants; car, tandis que la pierre de Bologne est phosphores-cente sans aucune condition spéciale, le sel de Baudouin n’estlumineux dans l’obscurité qu’autant qu’on l’a exposé à l’actiondu soleil.
Aussi Boyle, dès qu’il eut connaissance de la découverte de