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Baudouin, s’empressa-t-il d'instituer une sous-division en l’hon-neur des substances qui sont phosphorescentes grâce à l’ab-sorption des rayons solaires. Le phosphore de Baudouin figu-rait seul dans cette sous-division.
Le bailli Baudouin s’empressa de courir à Dresde , afin decommuniquer sa découverte à divers personnages importantsde la cour, et en particulier à Jean Ivunckel, chimiste officiel del'Electeur de Saxe.
Kunckel était un de ces savants distingués du dix-septièmesiècle, dont l’esprit vigoureux sut ramener la chimie dans lavoie de l’observation et de l’expérience, en la dépouillant desspéculations mystiques qui l'avaient si longtemps obscurcie.Attaché alors, à Dresde , au laboratoire de l’Electeur de Saxe Georges II , avec des avantages considérables, il avait, aupara-vant, parcouru une partie de l’Europe , pour ajouter à son sa-voir, et il devait laisser dans la science un nom estimé, ainsique des travaux du premier ordre. Cependant Kunckel avait,comme tant d’autres, cédé un moment à la manie du siècle.L’ouvrage qu’il composa sur l’or potable est un témoignage decette innocente déviation. Il était membre de Y Académie descurieux de la nature, et posséda plus tard, à la cour deCharles XI , roi de Suède , le titre, un peu fantastique, de con-seiller des métaux.
Kunckel n’était pas pour rien membre de Y Académie descurieux. Dès qu'il eut reçu de Baudouin la communication desa découverte d'un phosphore artificiel qui provenait de Y âmedu monde et ne brillait qu'aprcs avoir absorbé les rayons dusoleil, il fut pris d’un violent désir de posséder cette mer-veille. Il sollicita avec tant d'instances le bailli Baudouin de luirévéler la manière de préparer ce sel miraculeux, que ce der-nier, comprenant tout d'un coup l'importance de sa découverte,résolut de la garder pour lui seul. Si bien que, tandis queKunckel jurait, in petto, de posséder ce secret, Baudouin sepromettait à lui-même de ne jamais le lui révéler; ce qui ren-dait entre eux la situation parfaitement nette.
Peu de jours après, Kunckel, bien décidé à terminer l’entre-prise à son avantage, se mettait en route pour Grossenhayn,afin de rendre sa visite au bailli Baudouin.
Pendant leur entrevue, il fit adroitement tomber la couver-