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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
sation sur le sujet qui l’amenait. Mais, à toutes ses questions,Baudouin répondit, avec non moins d’adresse, en dirigeant l’en-tretien sur la musique. Et comme son interlocuteur revenait àla charge, le rusé bailli fit appeler des virtuoses, et régala lechimiste d’un interminable concert.
Cependant Kunckel ne perdit pas entièrement sa soirée, caril apprit, malgré les distractions que lui occasionnait la mu-sique, que Baudouin donnait au produit qu’il avait découvert,le nom de phosphorus (c’est-à-dire porte-lumière), ce dont ilparut charmé.
Le lendemain, seconde entrevue, pendant laquelle Kunckeldemanda finement au bailli si son phosphorus pourrait absorberla lumière d’une lampe, comme il absorbait celle du soleil.
« J'en ferai l’essai, » dit Baudouin; puis il se mit à parlerd’autre chose.
Cependant, à une troisième visite, Baudouin consentit àfaire cette expérience devant Kunckel, et par conséquent, àlui laisser voir le phosphorus. Seulement, il eut soin de tenir laprécieuse substance hors de la portée de la main du chimiste.
Kunckel eut alors une idée triomphante :
« Si nous essayions, dit-il au bailli, de faire absorber à votrephosphorus la lumière d’une lampe, en concentrant ses rayonsau moj'on d’un miroir concave? L’effet lumineux serait bienplus intense. »
Le bailli trouva cette inspiration si heureuse, que, dans laprécipitation qu’il mit à aller chercher le miroir concave dansle cabinet de physique, il eut l'imprudence d’oublier sur la tableson phosphorus. L’occasion était unique; Kunckel se jette surle phosphorus, en détache un morceau, et le cache dans sabouche, au risque d’avaler Y âme du monde.
Quelques instants après, le bailli rentra, sans rien soupçon-ner, et l’on lit l’expérience du miroir concave.
En se retirant, et pour se donner une contenance, Kunckel de-manda une dernière fois au bailli de lui vendre son secret. Maiscelui-ci manifesta des prétentions tout à fait déraisonnables.
Examiner le petit échantillon de phosphorus qu’il avait dé-robé à la surveillance du bailli Baudouin, et reconnaître saprovenance chimique, fut pour Kunckel l’affaire de quelquesinstants. Aussitôt après, il expédie à Dresde un messager, por-