ROBERT BOYLE
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teur d’une lettre pour l'un (les élèves de son laboratoire, nomméTutzky. Dans cette lettre, il recommande à son élève de traiteraussitôt de la craie par l'esprit de nitre, de calciner fortementle produit de cette combinaison et de l’informer si, par cetteexpérience, on pourrait obtenir le phosphorus de Baudouin.
L'expérience réussit pleinement. Quelques jours après,Kunckel recevait de Tutzky un échantillon d & phosphorus. Ils’empressa de l’envoyer à Baudouin, « en remerciement, di-sait-il dans sa lettre d'envoi, de sa jolie soirée musicale. »
Voici maintenant comment la découverte du phosphore deBaudouin conduisit à fabriquer notre phosphore actuel.
Il n’existait, au dix-septième siècle, aucun de ces recueilspériodiques qui servent aujourd'hui à opérer dans le mondeentier la diffusion des nouvelles découvertes de la science. Lepetit nombre d'académies ou de sociétés savantes qui venaientde se créer, n’avaient pas encore compris l’importance de lamission libérale qui leur était reservée. La connaissance desnouvelles acquisitions scientifiques ne se répandait donc alorsque par leurs auteurs eux-mèmes, qui voyageaient en Europe ,pour communiquer aux principales Universités le résultat deleurs travaux. Aussi, lorsque Kunckel eut découvert, commenous venons de le rapporter, la véritable nature du phosphore deBaudouin, il se mit à parcourir les villes universitaires de l’Al lemagne , pour y faire connaître ce nouveau produit.
Deux mois après les événements que nous venons de racon-ter, il arrivait, dans cette intention à Hambourg .
Lorsque Kunckel arriva à Hambourg , il y avait, dans cetteville, un négociant ruiné, nommé Brandt. Les temps dont nousparlons différaient beaucoup des nôtres, car alors les négociantstombés en faillite étaient sans fortune, et les personnes quimanquaient de fortune ne connaissaient pas de meilleur moyenpour s’en procurer que de chercher la pierre philosophale.C'est ce qu’avait fait Brandt, qui, à cette première qualité d’al-chimiste, avait ajouté ensuite l’exercice de la médecine.
Conformément aux errements de l’époque, Brandt cherchaitla pierre philosophale. Seulement, il la cherchait là où on nel’aurait guère soupçonnée. A défaut de périphrase décente,nous laissons à la sagacité du lecteur le soin de deviner dansquel liquide normal, expulsé du corps humain, notre alchimiste