PASCAL 441
composa sur ce sujet un petit traité. Le philosophe, auteur dece traité, avait douze ans.
Jusqu’à ce moment, et par un système à lui, Etienne Pascal avait soigneusement écarté son fils des mathématiques : il dési-rait concentrer ses facultés sur l’étude des langues. Toutes lesfois qu'il était question devant le jeune Biaise, de géométrie ou(l'arithmétique, le père se hâtait de détourner la conversationde ce sujet. Ce parti pris étonnait l’enfant, et ne faisait qu’ex-citer sa curiosité. Il demanda un jour à son père, en quoi con-sistait la géométrie, et celui-ci de lui répondre, en termes géné-raux, comme pour couper court à ses questions. « C’est lemoyen de faire des figures exactes et de trouver les proportionsqu’elles ont entre elles. »
Sur cette réponse, l’enfant décida, à part lui, d’essayer àdeviner ce qu’on s’obstinait à lui cacher. Pendant ses heuresde loisir, il se mit à chercher « à faire des figures exactes,et à trouver les proportions qu’elles ont entre elles. » Il couvritdes feuilles de papier, et jusqu’au parquet de sa chambre, defigures régulières - , il construisit ainsi des triangles, des cercles,des parallélogrammes, des pyramides, etc. Seulement, commeles termes lui manquaient, il appelait les cercles des ronds, leslignes des barres, les parallélogrammes des carrés lonys, etc.Il chercha ensuite les proportions de ces figures, la manièred’évaluer leur surface, la valeur des angles, les propriétés descordes, des diamètres, etc. Cet enfant de douze ans inventait lagéométrie avec ses axiomes, ses théorèmes, et ce qui est plusfort, ses démonstrations. On assure que ce qu’il inventa de cettemanière, allait jusqu’à la trente-deuxième proposition de géo-métrie du premier livre des Eléments d'Ev.clide.
Son père, entrant un jour inopinément dans sa chambre, letrouva occupé à chercher la démonstration de ce théorème,« la somme des trois angles d’un triangle est égale à deux an-gles droits. » L’enfant était tellement absorbé dans ses ré-flexions, qu’il n’aperçut pas son père, qui, debout devant lui,demeurait frappé de stupeur, à la vue d'un tel prodige.
o Mon père, dit madame Périer, fut si épouvanté de la grandeur et dela puissance de ce génie, que, sans lui dire un mot, il le quitta et allachez M. Le Pnilleur, qui était son ami intime et qui était fort savant.Lorsqu’il y l'ut arrivé, il y demeura immobile comme un homme trans-