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SAVANTS DU PIX-PEPTIÈME SIÈCLE
porté. M. Le Pailleur, voyant cela et voyant même qu’il versait quelqueslarmes, fut effrayé, et le pria de ne pas lui celer plus longtemps la causede son déplaisir. Mon père lui répondit : Je ne pleure pas d'affliction,mais de joie. Vous savez les soins que j’ai pris pour ôter à mon (ils laconnaisance de la géométrie, de peur de le détourner de ses autresétudes; cependant voici ce qu’il a fait. » Sur cela il lui montra tout cequ’il avait trouvé, par où l’on pouvait dire en quelque façon qu’il avaitinventé les mathématiques. M. Le Pailleur ne fut pas moins surpris quemon père l'avait été, et lui dit qu’il n’était pas juste de captiver pluslongtemps cet esprit et de lui cacher encore cette connaissance, qu’ilfallait lui laisser voir les livres sans le retenir davantage. »
Nous n’avons pas besoin de dire qu’à partir de ce moment,Pascal le père, loin d’interdire à son fils l’accès des mathéma-tiques, mit aussitôt entre ses mains les ouvrages traitant decette science, et lui montra, méthodiquement coordonnées, avecleurs démonstrations, tant par les anciens que par les mo-dernes, ces grandes vérités de la nature que son génie précoceavait devinées. Il lui donna les Éléments d'Euclide , puis lestraités de Viète , de ltoberval, etc. Aucune explication ne futnécessaire à l’élève, qui se trouvait là sur son terrain naturel,et qui lisait les traités de géométrie et d’arithmétique trans-cendante, comme d’autres lisent une simple production litté-raire, ou comme un compositeur de musique déchiffre unepartition d’opéra.
Le jeune Pascal fut mis bientôt en relation avec les plus fortestètes mathématiques, avec Mydorge , Carcavi, ltoberval et leP. Mersenne. Son père, qui l’avait conduit à Paris , le présentaà tous ces hommes éminents.
C’est avec une surprise sans égale que ces mathématiciensreçurent du jeune Pascal un Traité des sections coniques , ren-fermant toutes les propriétés des courbes paraboliques ouautres, qui sont engendrées par les sections d’un cône. Cette ma-tière n’avait été traitée à fond que par Archimède et par les géo-mètres de l’antiquité. Nous avons déjà dit, dans la Vie de Des cartes , que lorsque ce dernier philosophe eut entre les mainsce Traité des coniques, il se refusa obstinément à croire que cefut là l’œuvre d’un jeune homme de seize ans. Il demeura tou-jours convaincu que Pascal le père, Désargues ou tout autremathématicien, y avait mis la main; ce qui était fort inexact.
A cette époque, et à l’issue d’une soirée où des enfants deson âge, s’étaient amusés à représenter une pièce de théâtre