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SAVANTS I)U DIX-SEPTIEME SIECLE
avait quelque ironie au fond de la réponse du philosophe toscan,ou bien encore qu’il ait été fasciné par le charme du préjugéantique.
Ce fut Torricelli qui, méditant sur l’expérience des fontai-niers florentins, en soupçonna la véritable explication.
Du reste, la découverte de la pesanteur de l’air était mûre.Avant même que Galilée eût exécuté son expérience de la boulepleine d’air comprimé, un médecin français , Jean Rej-, avaitdémontré par la voie de la chimie, que l'air est un fluide pe-sant. Nous avons rapporté, dans la Vie de Robert Boyle , lepassage original du livre de Jean Rey, où cette observationfondamentale se trouve consignée. On ne peut se refuser à re-connaître que Rey exprime dans ce passage, l’idée que l'airest pesant. Malheureusement, il ne songea probablement pasà la portée de cette découverte, et comme Galilée , il la laissaéchapper de ses mains.
Torricelli , avons-nous dit, soupçonna que le poids de l’atmos-phère, agissant sur la surface de l’eau, pourrait être la cause del’ascension de ce liquide dans le tuyau des pompes. Pour véri-fier cette conjecture, par l’expérience, il eut l’heureuse idée desubstituer à l’eau un liquide plus lourd : le mercure. Commela densité du mercure est environ quatorze fois supérieure àcelle de l'eau, la théorie faisait prévoir que la pression de l’airpourrait seulement tenir en équilibre une colonne de mercureà une hauteur quatorze fois moindre, c’est-à-dire à 28 pou-ces ,0 m ,75\
Torricelli parla de son projet à son condisciple, VincentViviani. Ce fut ce dernier qui entreprit, en 1643, d’exécuterl’expérience proposée.
Viviani remplit de mercure un tube de verre, de trois pieds(0 m ,97) de long, fermé à l'une de ses extrémités; il boucha avecle doigt, son extrémité inférieure, et plongea le tube ainsi pré-paré, dans un cuvette pleine de mercure. Retirant son doigt, ilvit le mercure descendre en partie dans l’intérieur du tube, et,après quelques oscillations, rester suspendu en équilibre, à lahauteur de 28 pouces au-dessus du niveau du mercure de lacuvette, c’est-à-dire précisément à la hauteur prévue parla
théorie.
Telle fut la célèbre expérience qui fut désignée depuis ce
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