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SAVANTS DU PTX-PEPTIÈME SIÈCLE
La plus célèbre et la plus curieuse de ces expériences estcelle où Pascal, remplissant de vin rouge un tube de verre dequarante-six pieds (13"',942) de longueur, fermé à l’un de sesbouts, le renverse dans un baquet plein d’eau, et voit le liquidecoloré se maintenir en équilibre, à une hauteur de trente-deuxpieds 10'",395), variant ainsi l’expérience de Torricelli , et ren-dant, en même temps, plus manifeste le fait observé par les fon-tainiers de Florence .
Niais si l'on veut connaître exactement l'état de la physiqueau milieu dix-septième siècle, et apprécier, sous son vrai jour,cette période de l’histoire des sciences, il faut savoir commentPascal lui-même interprétait ce phénomène. Pascal, alorsdans toute la force de son génie, n'hésite pas à expliquer par levieil axiome de l’horreur du vide, tous les faits que l'expé-rience lui révèle. Il admet et il croit démontrer, que la naturea horreur du vide; il ajoute seulement, comme Galilée , quecette horreur a des limites, et qu’elle se mesure par le poidsd'une colonne d’environ trente-deux pieds de hauteur.
« La force de cette inclination est limitée, dit-il, et toujours égaie àcelle avec laquelle l’eau, d'une certaine hauteur qui est d’environpieds, tend à couler en bas (1). »
L'agression de Pascal contre les principes de la scolastiqueétait,comme on le voit, bien timide; cependant elle souleva destempêtes dans le monde religieux. Un jésuite, le P. EtienneNoël, crut devoir prendre en main la défense des vieilles doc-trines. Il écrivit à ce sujet une longue lettre, que l’on trouvedans le recueil des œuvres de Pascal, et dont nous recomman-dons la lecture aux personnes qui désirent se faire, une justeidée de la nature des obstacles que la physique eut à combattreà ses débuts.
Pascal repoussa, par une Réponse accablante, les argumentsde sou antagoniste. Mais le jésuite ne se tint pas pour battu, etil répliqua par un traité en forme, sous ce singulier titre : Leplein du vvide. Dans la dédicace de ce lourd traité, adresséau prince de Conti, le P. Noël représente la nature comme in-
(1) OFuvres de Biaise Pascal, Mitinn tic 1779. t. IV, p. 67.