PASCAL
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justement accusée d’un tort qui ne lui appartient pas; il se con-stitue son défenseur et porte la parole en son nom :
« La nature, dit-il, est aujourd'hui accusée de vuido et j’entreprendsde l'en justifier en présence de Votre Altesse : elle en avoit bien été au-paravant soupçonnée; mais personne n’avoit encore la hardiesse demettre ses soupçons en lait, et de lui confronter les sens et l'expérience.Je fais voir ici son intégrité, et montre la fausseté des faits dont elle estchargée, et les impostures des témoins qu’on lui oppose, Si elle étoitconnue de chacun comme elle l’est de Votre Altesse, à qui elle a décou-vert tous ses secrets, elle n’auroit été accusée de personne, et on seseroit bien gardé de lui faire un procès sur de fausses dépositions, etsur des expériences mal reconnues et encore plus mal avérées. Elle es-père, Monseigneur, que vous lui ferez justice de toutes ces calomnies. Etsi, pour une plus entière justification, il est nécessaire qu’elle payed'expérience et qu’elle rende témoin pour témoin, alléguant l'esprit deVotre Altesse, qui remplit toutes ses parties .et qui pénètre les chosesdu monde les plus obscures et les plus cachées, il ne se trouvera per-sonne, Monseigneur, qui ose affirmer qu’au moins à l’égard de VotreAltesse il v ait du vuide dans la nature. »
Après cette figure délicate, mais un peu prolongée, le P. Noëlentre dans son sujet, où nous aurons garde de le suivre. Con-tentons-nous de dire qu’il attribue la suspension du mercuredans le tube de Torricelli , à une qualité qu’il prête, de son chef,au mercure, et qu’il nomme la légèreté mourante il).
Par suite de ses discussions avec le P. Noël, Pascal avait étéconduit à réfléchir plus profondément sur la cause de l’ascensionet de l’équilibre du mercure dans les tubes vides d’air. Sur cesentrefaites, il fut informé de l’opinion de Torricelli , qui n’hé-sitait pas à attribuer ce phénomène à la pression de l’air. Uneexpérience, qu’il désigne sous le nom du raide dans le vuide, etdans laquelle il vit le mercure, suspendu dans l’intérieur d’untube, s’élever ou s’abaisser selon qu’il faisait varier la pressionde l'air extérieur, donna à ses veux une force nouvelle auxvues du physicien romain. Enfin, un trait de son génie lui ré-véla le moyen de résoudre ce grand problème. Pascal pensaque, pour trancher sans retour la difficulté qui divisait les sa-vants, il suffirait d’observer la hauteur du mercure dans le tubede Torricelli , au pied et sur le sommet d’une montagne. Si la
(1) Voyez la réponse de Pascal au P. Xoî*l dans sa Lettre à Le Paillevr (OEuvresde Pojîf’fl/, t. IV).