PASCAL
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du vuide, ou s’ils doivent l'être à la pesanteur et pression de l’air; car,pour vous ouvrir franchement ma pensée, j’ai peine à croire que lanature, qui n'est point animée ni sensible, soit susceptible d'horreur,puisque les passions supposent une âme capable de les ressentir; et j’in-cline bien plus à imputer tous ces effets à la pesanteur et pression dol’air, parce que je ne les considère que comme des cas particuliers d’uneproposition universelle de l’équilibre des liqueurs, qui doit faire la plusgrande partie du Traité que j’ai promis. Ce n’est pas que je n'eusse cesmêmes pensées lors de la production de mon Abrégé ; et toutefois, fauted’expériences convaincantes, je n’osai pas alors {et je n’ose pas encore)me départir de la maxime de l'horreur du vuide, et je l’ai même employéepour maxime dans mon Abrégé, n’ayant alors d’autre dessein que decombattre l’opinion de ceux qui soutiennent que le vuide est absolu-ment impossible, et que la nature souffrirait plutôt sa destruction que lemoindre espace vuide. Kn effet, je n’estime pas qu’il nous soit permis denous départir légèrement des maximes que nous tenons de l’antiquité, sinous n'y sommes obligés par des preuves convaincantes et invincibles.Mais, dans ce cas, je tiens que ce serait une extrême faiblesse d’en fairele moindre scrupule, et qu’enlin nous devons avoir plus de vénérationpour les vérités évidentes que d’obstination pour ces opinions reçues. Jene saurais mieux vous témoigner la circonspection que j’apporte avant(pie de m’éloigner des anciennes maximes, que de vous remettre dans lamémoire l’expérience que je lis ces jours passés, en votre présence,avec deux tuyaux l’un dans l'autre, qui montre apparemment le vuide dansle vuide. Vous vîtes que le vif-argent du tuyau intérieur demeura sus-pendu à la hauteur où il se tient par l’expérience ordinaire, quand il étaitcontre-balancé et pressé par la pesanteur de la masse entière de l’air; etqu’au contraire il tomba entièrement sans qu’il lui restât aucune hauteurni suspension, lorsque, par le moyen du vuide dont il fut environné, il nefut plus du tout pressé ni contre-balancé d'aucun air, en ayant été desti-tué de tous cotés. Vous vîtes ensuite que cette hauteur de suspensiondu vif-argent augmentait ou diminuait à mesure que la pression do l’airaugmentait ou diminuait, et qu’enlin toutes ces diverses hauteurs desuspension du vif-argent se trouvaient toujours proportionnées à la pres-sion de l'air.
« Certainement, après cette expérience, il y avait lieu do se persuaderque ce n’est pas l’horreur du vuide, comme nous estimons, qui cause lasuspension du vif-argent dans l’expérience ordinaire, mais bien la pesan-teur et pression de l'air qui contre-balance la pesanteur du vif-argent.Mais parce que tous les effets de cette dernière expérience des deuxtuyaux, qui s’expliquent si naturellement par la seule pression et pesan-teur de l’air, peuvent encore être expliqués assez probablement parl’horreur du vuide, je me tiens dans cette ancienne maxime, résolu néan-moins de chercher l’éclaircissement entier de ette difficulté par uneexpérience décisive.
« J'en ai imaginé une qui pourra seule suffire pour nous donner lalumière que nous cherchons, si elle peut être exécutée avec justesse.C’est de faire l'expérience ordinaire du vuide plusieurs fois le même jour,dans un meme tuyau, avec le même vif-argent, tantôt au bas et tantôt ausommet d’une montagne, élevée pour le moins de cinq ou six centstoises, pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyause trouvera pareille ou indifférente dans ces deux situations. Vous voyez