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SAVANTS DU DTX-PEPTTÈME STKCLE
déjà, sans doute, que cette expérience est décisive sur la question, etque s'il arrive rpie la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu’aubas de la montagne (comme j’ai beaucoup de raisons pour le croire,quoique tous ceux qui ont médité sur cette matière soient contrairesà ce sentiment), il s’ensuivra nécessairement que la pesanteur et pres-sion de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, etnon ]ias l’horreur du vuide, puisqu'il est bien certain qu’il y a beaucoupplus d’air qui pèse sur le pied de la montagne que non pas sur le sommet’;au lieu que l’on ne saurait dire que la nature abhorre le vuide au piedde la montagne plus que sur le sommet.
« Mais comme la dilliculté se trouve d'ordinaire jointe aux grandeschoses, j’en vois beaucoup dans l’exécution de ce dessein, puisqu'ilfaut pour cela choisir une montagne excessivement haute, proche d’uneville, dans laquelle se trouve une personne capable d’apporter à cetteépreuve toute l'exactitude nécessaire. Car si la montagne était éloignée,il serait difficile d'y porter des vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux etbeaucoup d'autres choses nécessaires, et d’entreprendre ce voyage pénibleautant de fois qu’il le faudrait pour rencontrer, au haut de ces montagnes,le temps serein et commode qui ne s’y voit que peu souvent; et commec’est aussi rare de trouver des personnes hors de Paris qui aient cesqualités que des lieux qui aient ces conditions, j’ai beaucoup estimé monbonheur d’avoir, en cette occasion, rencontré l’un et l’autre, puisquenotre ville de Clermont est au pied de la haute montagne du Puy-de- Dôme , et que j’espère de votre bonté que vous m’accorderez la grâce devouloir y faire vous même cette expérience; et sur cette assurance, jel’ai fait espérer à tous nos curieux de Paris , et entre autres au H. P. Mer-senne, qui s’est déjà engagé, par des lettres qu’il en a écrites en Italie ,en Pologne , en Suède , en Hollande, etc., d’en faire part aux amis qu’ils'y est acquis par son mérite. .Te ne touche pas aux moyens de l’exécu-tion, perce que je saisbien que vous n’omettrez aucune des circonstancesnécessaires pour le faire avec précaution.
■■ .Te vous prie seulement que ce soit le plus tôt qu’il vous sera pos-sible, et d’excuser cette liberté où m’oblige l’impatience que j’ai d’enapprendre le succès, sans lequel je ne puis mettre la dernière main auTraite que j’ai promis au public, ni satisfaire au désir de tant de per-sonnes (pii l’attendent, et qui vous en seront infiniment obligées. Cen’est pas que je veuille diminuer ma reconnaissance par le nombre deceux qui la partageront avec moi, puisque je veux, au contraire, prendrepart à celle qu'ils vous auront, et à demeurer d'autant-plus, Monsieur,votre très-luimble et très-obéissant serviteur.
15 novembre 1647.
« Pascal. »
Périer reçut à Moulins la lettre de.Biaise Pascal. Ses occu-pations de conseiller à la cour des aides, le retinrent long-temps dans cette ville. Il ne put se rendre à Clermont quedans l’hiver de l’année suivante (10-18). Mais, pendant toute ladurée du printemps et de l’été, le sommet du Puy-de-Dôme resta enveloppé de brouillards ou couvert de neiges qui en