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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
La mort de son père, arrivée en 1G5I, fut un chagrin cruel,qui vint se joindre à tant de maux. Pascal ressentit la plus pro-fonde douleur de la perte de cet homme de bien, qui lui avaitdonné l’instruction, en même temps que l’exemple du travailet de la probité.
La douleur morale qu’il éprouvait de cette perte, jointe auxsouffrances de la maladie, auraient certainement été mortelspour lui, si l’oisiveté l'eût livré, sans distraction, à l’amertume deses pensées. Ses amis exigèrent donc qu’il fréquentât le mondeet les réunions publiques. La fortune que son père lui avaitlaissée, lui permettait de mener un train assez brillant.
Au milieu de cette vie de distractions, il revenait, par inter-valles, à la géométrie. Il reprenait sa correspondance avecFermât , sur le calcul infinitésimal; il adressait à un grandjoueur, le chevalier de Me ré, en réponse à une de ses de-mandes, une dissertation sur les paris , c’est-à-dire sur le cal-cul des probabilités; il inventait la brouette, dont personne,comme chacun sait, n’avait eu l’idée avant lui, et en mêmetemps le baquet, pour l’emploi du cheval. Il songeait à entre-prendre une spéculation sur le transport, dans Paris , des voya-geurs en commun ; et, sous le nom de carrosses à cinq sous, ilinventait les omnibus. Il en demandait même le privilège, qu'ilne put, d’ailleurs, exploiter lui-même. En un mot, il prenaitsa place dans le monde, et vivait de l’existence honorable, etquelque peu agitée, de la haute bourgeoisie de ce temps.
Le mouvement pris à propos, un régime sobre, des plaisirshonnêtes, en rapport avec la noblesse de ses penchants, avaientremédié, en partie, au mal redoutable dont il avait éprouvé lesatteintes. Il songeait même à se marier. A l’exemple de sonpère, à l’exemple de Fermât , il se proposait d’acheter unecharge de conseiller, et d’entrer dans la magistrature.
Ainsi, Biaise Pascal paraissait sauvé, et l’on espérait qu’ilpourrait fournir une longue carrière, comme beaucoup d’hom-mes qui finissent par triompher, en avançant en âge, d’unesanté précaire et d’une constitution délicate. Un accident dé-plorable vint ruiner ces espérances. Sur une personne jouis-sant d’une santé ordinaire, un accident de ce genre n’auraitcausé qu’une impression, très-pénible, sans doute, mais fugi-tive, et qui n’aurait eu aucune suite; mais sur l'organisation