PASCAL
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nerveuse de Pascal, sur ce cerveau déjà ébranlé et certaine-ment affecté, puisque par deux fois la paralysie avait frappéles membres inférieurs, les suites de cet événement furent ter-ribles. Tout son être physique et moral en ressentit une se-cousse mortelle.
Au mois d’octobre 1654, Biaise Pascal, se rendant à la fêtede Neuilly , dans un carrosse attelé de quatre chevaux, les deuxpremiers chevaux prirent le mors aux dents, arrivèrent à brideabattue au pont de Neuilly, et pris de vertige, s’élancèrentdans la Seine , par-dessus le parapet, qui, se trouvant malheu-reusement en réparation en'ce moment, était enlevé à moitié.Heureusement les rênes et les traits se rompirent, par l’im-pétuosité du choc. Les deux chevaux emportés tombèrentseuls dans le fleuve, laissant les deux autres et le carrossesuspendus sur le bord du pont.
Pascal, à la vue de ce danger, tomba dans un évanouissement,dont on eut grand’peine à le tirer. Son cerveau demeura à ja-mais frappé de cette terrible aventure. S’étant vu près de périrsans que son âme eût été convenablement préparée à compa-raître devant Dieu , il frémissait à la pensée d’avoir touché desi près aux peines éternelles. Cette mort, à laquelle il avaitéchappé .par miracle, lui parut un avertissement d’en haut, unesommation directe d’avoir à renoncer à toutes les choses ter-restres, pour ne s’occuper que de son salut.
A partir de ce moment, il dit adieu au monde ; il renonça aumariage, à l’ambition, au projet qu’il avait formé d'acheter unecharge dans la magistrature. 11 abandonna toute étude scienti-fique, parce qu’il aurait cru offenser Dieu en interrogeant lanature. Sa sœur Jacqueline, qu’il avait fait entrer à 21 anscomme religieuse au monastère de Port-Royal, le fortifiaitdans sa résolution de se vouer à la retraite, à l'humilité, etd’imiter la conduite des pieux jansénistes de Paris , qui ne re-connaissaient d’autre occupation que de prier Dieu et de lirel’Ecriture-Sainte. Son cerveau malade et sa déplorable santélivraient Pascal, sans force et sans défense, aux tristes sugges-tions de la manie religieuse.
Un mois environ après l’accident du pont de Neuilly, c’est-à-dire le 23 novembre 1654, Pascal eut une vision, dont onn’eut connaissance qu’après sa mort, par un papier écrit de sa
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T. IV.