PAVANTS DU DIX-SEL'ÏIKMU P1KCLE
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main, qui portait quelques signes étranges, et que l’on re-trouva cousu dans la doublure de son pourpoint. 11 aperçut unglobe de t'eu, et une voix mystérieuse lui enjoignit de se con-sacrer entièrement aux pratiques de la religion, afin de pré-parer son salut éternel.
A la suite de cette vision, il prit le cilice ; c’est ainsi qu’onnommait une bande de cuir dont on s’enveloppait le corps,et qui était hérissée de pointes de clous. Toutes les fois qu'ilcroyait ressentir quelque mouvement de vanité ou de sensua-lité, il s’enfoncait, par la pression des bras, les pointes desclous dans les chairs. Beaucoup de jansénistes en faisaientautant. Le cilice était l’arsenal de leur piété.
Comme les médecins l’obligeaient à se nourrir d’alimentssubstantiels, à boire un vin généreux et fortifiant, il n’avaitd’autre moyen pour se mortifier, que d'avaler les choses sans ygoftter.
« Lorsqu'il arrivait, dit sa sœur Jacqueline, que quelqu’un admirait labonté de quelque viande en sa présence, il ne le pouvait souffrir, parcequ'il disait qu’on ne mangeait alors que pour contenter le goût, ce quiétait fort mal. »
Avec de telles dispositions, Pascal ne pouvait se dispenserd’entrer au monastère de Port-Royal des Champs. Il n’y man-qua pas, et alla grossir cette phalange d’hommes d’élite, lesArnauld, les Nicole, les Sacy, qui enfermés dans la forteressedu jansénisme, guerroyaient contre les jésuites, avec tant derage et de piété (1).
L’exaltation du mysticisme qui formait comme l’atmosphèredu monastère de Port-Royal, n’était pas faite pour améliorerl’état mental de notre géomètre déclin. Les dernières annéesde sa vie ne furent qu'une triste agonie, pleine de douloureusesangoisses. Souvent, il croyait apercevoir devant lui un abîme,dans lequel une force invincible allait le précipiter.
« En vain, dit M. Lélut , ses amis, sa famille lui représentaient-ils sonerreur; en vain en convenait-il lui-même, la sensation n’en persistaitpas moins, le sombre abîme restait béant ou ne tardait pas à se rouvrir.
( 1 ) Notre ouvrage, intitulé Histoire du merveilleux dans les temps modernes , ren-ferme l’histoire du jansénisme au temps de Pascal. (Tome II, Les Convulsionnairesansrnistes, Paris , in- 18 , 18 éO.)